Arquebusiers du Pays d'Ancenis

  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Accueil Histoires pour Arquebusiers Histoires de BZ Du fusil de rempart au fusil anti-matériel

Du fusil de rempart au fusil anti-matériel

Imprimer PDF

Ah mais, que du Boum et Pak ! Dès la généralisation de la poudre noire en matière de Tue-Tue, on a eu besoin de lanceurs plus puissants pour tirer sur son adversaire de plus loin et plus fort, mais suffisamment maniables et plus précis que le jette patates qu'était le canon. On a donc inventé le Fusil de Rempart. D'en haut, entre les créneaux, on a le casque salade et on injurie en français ces faux bretons en leur disant « On vous envoie la merde ! » et on leur jette les tinettes. Mais ça ne leur suffit pas, donc on tire dedans.

 

Le but de l'arme était de percer les cuirasses, les casques, les protections de poitrine et les retranchements derrière les rondins de bois, les fascines, ou les levées de terre utilisés par les sapeurs chargés de creuser les sapes ou les murailles pour les faire sauter avec des fourneaux de mines garnis de barils de poudre. « Ces salauds-là viennent nous faire chier, chef, regardez-les, là, juste en bas, c'est eux, il faut leur foutre dessus avant qu'on parte en fumée ! » Et le chef répondit « Attends un peu, je vais voir çà avec Ali le Chimiste ». Il faut noter à ce niveau de la présente horreur que dès le XVème siècle, on connaissait déjà la culasse amovible sur les grosses armes. Voir, et admirer, la réplique du Veuglaire que l'un de nos membres au Club d'Ancenis a la générosité et le désir de bien vouloir nous prêter chaque année ce vecteur de culture, pour le bon savoir de tous. Pourquoi ? Parce qu'on ouvre l'arme à l'arrière pour y mettre non seulement toujours la même charge de poudre, ce qui permet une meilleure régularité dans les coups tout en aidant le travail de pointage et par-là la précision, si on peut utiliser ce mot ici, mais surtout d'obtenir une cadence de tir beaucoup plus rapide. Le principe fut essayé sur des armes plus petites, mais le monde n'était pas prêt et les premiers Fusils de Rempart fonctionnèrent donc grâce à une mèche ou à un rouet, et chargées par l'avant.

 

Bizarrement, j'ai tendance à croire que les premiers Fusils de Rempart furent autant utilisés par les défenseurs de la citadelle que par les assiégeants. On conçoit bien la nécessité d'éliminer ce Suisse, ce Flamand ou cet Anglois là-haut, qui commande à ses hommes en leur disant de se dépêcher avec l'huile des frites parce que ces grenouilles de François montent à l'échelle. Il va faire beau demain ? Non, ça va juste chauffer pour vos oreilles. Et puis du coup, il faudrait peut-être aussi faire sauter le gros, là-bas, celui avec les moustaches et les cheveux longs, le drôle d'accent et la fourche en bois qui s'amuse à repousser nos échelles à chaque fois que Luis, Pancho et Mohammed les appuient sur la margelle pour monter lui dire bonjour poliment avec un bon coup de « Godendag ! ». Dont acte. Sur la tête. On est polis, nous, Monsieur, on dit « Bonjour » en plusieurs langues... Mais l'inverse se conçoit aussi. Le capitaine des sapeurs en bas et le chef du ribaudequin qui haranguent leurs sbires sont bel et bien les hommes à abattre en premier. Sans tête, le serpent est foutu. Donc, on s'atèle à la tâche. Et si on a rayé les âmes des canons sur des armes à feu portatives, ce n'était pas pour rien. Ali était devenu « le Fumiste ».

 

Au Musée Historique de Strasbourg se trouvent plusieurs grosses arquebuses à rouet du XVIème siècle, à canon rayé à chaque fois, que je vois bien être utilisées pour dégommer le sire indésirable au cours de ces multiples sièges que cette ville a connus. Ce sont toutes des pièces magnifiques, décorées d'os et de nacre et en superbe état. La plus impressionnante est signée de Maître Elias GESSLER et poinçonnée en 1593. Un peu plus loin, deux autres magnifiques arquebuses à rouet sont exposées dans leur « vivarium », mais seule la pièce du bas possède un calibre suffisamment gros pour évoquer autre chose qu'une simple arme de chasse.

image004         image002

Encore plus loin, une autre vitrine nous fait baver. Là encore, seule la pièce du haut et celle du bas ont un calibre et une taille qui font conclure à l'obligation d'utiliser une fourquine, donc un appui. Et sur appui, que ce soit depuis la fourquine en bas de la muraille ou directement depuis le créneau, l'appellation de Fusil de Rempart vient toute seule à l'esprit bien qu'à l'époque elle ne fût pas encore en usage. 

image008          image006

A chaque fois et sur absolument toutes ces armes le canon est rayé, mais le gardien veille à l'interdiction d'y toucher pour le profane que je suis, donc je n'ai pas eu le moyen de prendre les cotes du calibre. « Vous permettez que je les essaye ? ». La réponse fut à chaque fois « Non, Monsieur ! » Méchants... 

image010           image012

J'ai également retrouvé la trace de deux armes qui sont présentées comme des Fusils de Rempart du XVIIIème siècle, revenus d'Inde et survivants des batailles autour de Jaipur entre 1727 et 1818 à cause des Dacoïts afghans, pas des Tally-Pan, hein, mais c'est censé partir avec une platine à chenapan alors que je ne distingue pas la platine en question, à moins qu'il ne reste à chaque fois que la plaque de batterie et qu'il manque le chien avec le reste du mécanisme. La platine est à gauche et les photos ont été prises de droite. On nous cache tout, non nous dit rien, juste pour vendre... Mais les bêtes semblent très grosses et je les retiens comme Fusils de Rempart. L'anachronisme apparent entre les systèmes orientaux à chenapan, voire à mèche, et ce qui se rencontrait à la même époque en occident, est normal. On le retrouve sur les armes de Cosaques.

 image016                        image014

 A 40 centimètres le carreau, j'ai 2 mètres de long...

Je possède chez moi une arme provenant d'Indonésie qui est au moins aussi longue et lourde que celles-là, avec un immense calibre là aussi et qui part à mèche. C'est censé être un fusil de chasse à l'ours qui daterait du XVIIIème siècle, et les Indonésiens sont loin d'être aussi balaises que Rambo, Schwartzie ou Chuck Norris. Et si un Indonésien peut chasser à bras franc avec une arquebuse qui pèse près de 6 kilos, un Indien qui vaut mieux que deux très gros rats aurait dû pouvoir faire de même. Bon, passons pour la critique.

  image018

En France, les premiers Fusils de Rempart répertoriés voient le jour avec le modèle 1717, qui est une reprise du fusil d'infanterie mais en  calibre 22 mm, plus exactement 21,8 mm pour du 17,3 mm réglementaire, au canon rayé donc plus précis à la place du canon lisse, et toujours à un coup et à chargement par la bouche, avec l'amorçage à silex de la platine Charleville. Son frère fut le « Demi-Citadelle » avec une fourche et un pivot, aussi à silex mais en calibre 19,7 mm. Les Anglais copient d'ailleurs avec leur Brown-Bess.

 

 

Audit Musée Historique, on trouve un vrai Fusil de Rempart, un Mahousskôstô à percussion et canon rayé.

image022image020Du gros. Le bois est magnifique et on voit bien que l'objet a été bien entretenu. Les organes de visée sont rudimentaires, mais la boîte à calepins est bien là, décorée d'os. Et surtout, on distingue bien à l'arrière que l'arme est prévue pour être équipée d'un dioptre, mec ! Le dioptre a disparu, bien entendu sais-tu, mais c'est un truc qui permet au tireur de mieux ajuster sa visée pour bien toucher sa cible, comme le ferait une lunette d'un FR F1 de nos jours. Des tireurs d'élytre ? Non, mec, des tireurs d'élite. Et bien avant les fameux Sharpshooters du colonel Berdan un demi-siècle plus tard.

 

 

En 1828 le modèle français est amélioré, son calibre passe en 23,5 mm, mais comme il ne dit toujours que « Ah-Keuh-Crîîîk-Schlâk-Boum » avec la platine française à silex, cela ne reste encore qu'un gros fusil. Sauf qu'il est équipé d'une chambre rotative pour le chargement, ce qui est une révolution en la matière. Son successeur est le Fusil de Rempart modèle 1831 français. C'est toujours une arme à un coup bien entendu, toujours en calibre 22 mm et à chargement par la culasse, mais à amorçage à capsule, dit « à percussion » qu'on se le dise dans les chaumières le soir au fond des bois. La culasse bascule ver le haut pour pouvoir y mettre la charge de poudre, mais on repousse la balle calepinée dans le canon rayé en l'envoyant par la bouche. Donc il faut la sortir de son affût et lui foutre le nez en l'air pour y envoyer le pruneau. L'arme a une portée pratique de 200 mètres, ce qui est beaucoup pour l'époque, et elle est pourvue d'un pivot que l'on plante dans son support sur la muraille ou autre part, comme un bipied moderne de type Harris ou le truc en plastique de chez Hoppe's. Sauf que c'est tout simple, sans ressorts sur le pivot ni possibilité de s'en servir autrement d'une manière pratique car le tout pèse pas moins de 8,62 kilos.

 

 

Les Rambo ou Schwartzie de l'époque l'auraient bien tenu d'une main, les doigts dans le nez et sur une jambe pour éliminer les méchants, mais avec un seul coup et un verrou de culasse qu'il faut basculer à partir de la gauche pour le ramener à droite et ensuite tirer sur le papillon pour ouvrir par le haut en y fourrant la charge dedans avec ses doigts bègues de stressé après avoir saigné la cartouche en papier, hein... Bon, bref, voir les photos. Elles parlent toutes seules. Mais c'est beau.    

image023                           image024

Il fut suivi par le Fusil de Rempart modèle 1838, en calibre 20,5 mm et partant « à percussion » grâce à la petite capsule de fulminate de mercure que l'on place sur la cheminée pour le Père Noël. Ensuite vint le Fusil de Rempart 1840, modèle allégé du premier, mais encore modernisé car tirant une balle Minié en calibre 17,3 mm, autre innovation. La culasse était fixe et le chargement se faisait par la bouche.

 

 

image025Puis apparut le fameux Fusil de Rempart modèle 1842, avec la platine marquée Mützig, au calibre de 21 mm, poids 5,2 kilos, avec un tenon de baïonnette et un gros bec de crosse pour bien tenir la bête et supporter la grosse charge de poudre.

Dans les histoires, il y a souvent un Martien. Celui-là nous vient des Prussiens et ce n'est pas un poisson d'Avril ou un canular, car avec le pistolet de cavalerie Potsdam 1832 à un coup déjà démodé lorsqu'il arrive en dotation, et plus tard le Reichsrevolver 1879 de cavalerie impossible à recharger en selle et équipé d'un levier de sûreté sur le côté, lui aussi démodé depuis longtemps lorsqu'il arrive en dotation, on avait bien vu que la Kommission du Reich mettait du temps à choisir ce qu'il lui fallait. Là, c'est une arme de rempart, fabriquée par Dreyse en 1865 sur la base d'une percussion à aiguille comme son fusil, avec une cartouche en papier et une balle de 20,7 mm en forme d'olive dans un sabot de bois de 23,5 mm. Le bébé est moche et pour charger la cartouche de 25 grammes de poudre, on dévisse la culasse en actionnant le levier sur plusieurs tours comme un robinet. D'ailleurs, toute l'arme évoque la plomberie à défaut de guidon de vélo.

 

image028Gros fût en bois de forme triangulaire, canon et carcasse en « tube » d'acier plein, culasse en robinet et crosse en forme de manche à air Bertin pour navire à vapeur.

 

Dans la Marine, il y eut les couleuvrines, mais celles-là étaient à canon lisse et servaient plutôt à envoyer de la mitraille plutôt qu'à faire de la frappe chirurgicale, ou de « destruction chirurgicale » comme je l'ai entendu dire un jour par un de ces journalistes ignares. Destruction chirurgicale. Quelle expression. Un bon chirurgien n'est pas censé détruire quand il opère, mais sauver la vie. Donc les couleuvrines, avec leurs canons à âme lisse et le roulis du bateau, elles sont hors-sujet elles aussi, tout comme le fusil de sniper ou de tireur d'élite classique. On situe la fin du Fusil de Rempart en tant que tel, entre 1870 et 1876.

 

Parallèlement à la révolution industrielle du XIXème. siècle pour les grands avides aux gros nez et aux doigts crochus, vint l'éveil aux injustices pour les intellectuels, avec en prime le colonialisme et l'expansionnisme pour noyer le poisson et leur cousine « La Revanche » en France en même temps que le « J'en veux encore » chez nos demi-cousins d'Outre-Rhin. Ca n'avait pas suffi aux Uhlans de repartir avec dans leurs bagages l'Alsace et une partie de la Lorraine, mais il a fallu remettre çà dans la foulée, avec des faucheuses de marguerites en prime... Merci l'industrialisation. En général, les fusils dits « anti-tank » ont gardé une réputation de machine à démonter l'épaule, nécessitant un servant en plus du tireur, le serveur « servant » aussi de remplaçant quand le tireur avait la clavicule cassée ou les muscles du cou déchirés.

 

image030Innovateur en la matière, contrepartie de l'autre innovation que fut le char blindé, dit « tank » en anglais pour « réservoir » et dont les premiers étaient dits n'être que des véhicules surarmés destinés au ravitaillement en essence, le premier de ces fusils fut le Tankgewehr 1918 allemand de chez Mauser en calibre 13 mm, à culasse à verrou et fonctionnant au coup par coup, gros frère du Mauser 1898.

 

Un peu plus tard, connu également par nos pères pour ceux qui ont mon âge ou par nos grands-pères pour les autres, car livré aux G.R.D.I. et G.R.C.A. de nos troupes françaises en même temps qu'à la B.E.F. pendant la « Drôle de Guerre », puis aux Finnois et aux Suédois pendant que les Britanniques continuaient à s'en servir en Malaisie, il y eut le Fusil Anti-Char type Boys en calibre .55'' soit 13,97 mm, mis en service à la fin de 1937 en Angleterre et faussement appelé Boyes par déformation à la française du nom original, et qui ne pesait pas moins de 16 KGS.

  

image032Les utilisateurs de cette grosse chose sur le terrain se rendirent vite compte que le Fusil Boys Anti-Tank pouvait très bien servir à supprimer de simples êtres humains, vu que la balle à l'impact contre du rocher ou un mur envoyait tellement d'éclats mortels que l'officier ou les servants de la batterie y laissaient des plumes. Le fusil d'intervention était né sans le savoir.

  

image033Les Polonais avaient précédé Boys avec leur Kb Ppan WZ 35 en calibre 7,92 X 107 mm, pesant 9,5 kilos et dont l'espérance de vie du canon était de 300 coups. On ne parle pas de l'espérance de vie du tireur. Ca dépend du nombre de chars ennemis.

 

image036En 1939, les Allemands mirent en service leur Panzerbüchse PzB 39 en 7,92 X 94 mm de 11,6 kilos, tirant au coup par coup malgré le gros magasin sur le côté qui ne servait qu'à la présentation des cartouches à côté de la chambre, le tireur approvisionnant à la main et à l'unité.

 

Moins connues peut-être furent les immenses armes soviétiques distribuées sur le terrain aux mongoloïdes en 1941 pour contrer les chars allemands, comme le Degtyarev modèle PTR-D en calibre 14,5 X 114 mm long comme une canne à pêche, à culasse à verrou, fonctionnant au coup par coup et servi par deux hommes solides. Puis vint le Simonov modèle PTR-S, toujours en calibre 14,5 mm soviétique, mais fonctionnant en semi-automatique et au chargeur de 5 coups. Poids de l'arme 20,3 kilos, merci. Les Russes apprennent vite, pas comme nous. A moins qu'en France, on ait préféré le canon tout de suite. On a vu ce que ça a donné.

image040              image038   

image041Les Japonais eux aussi eurent leur monstre : le Fusil Anti-Char Type 97, vraiment horrible comme toutes leurs armes à feu. Il tirait une munition de 20 mm dans un chargeur de 25 coups placé en haut et l'ensemble pesait 65,6 kilos. 

 

Jules César n'avait pas un nom germanique, mais rendons tout de même au César en question ce qui lui appartient et citons au passage l'énorme et brutal fusil anti-tank, qui fut presque plus un canon qu'un fusil, conçu chez Solothurn de concert entre les Allemands et les Suisses juste avant 1940 et qui tirait une munition de calibre 20 mm, soit 20 X 105 mm. C'est le modèle S 18/100. Il équipa, outre des unités de la Wehrmacht allemande, la Hongrie la Finlande, l'Italie, l'Estonie et même la Hollande. Je n'ai pas de photo montrant l'arme en entier et en une fois pour l'illustrer ici, mais c'est vraiment du gros pour du costaud.

 

Le seul truc vraiment « gros », c'est cette arme sérieuse provenant de chez Lahti le Finlandais et faussement appelé Saloranta LS 26 par un Internaute, car le Saloranta fut un fusil-mitrailleur beaucoup plus petit que celle-là et donc une arme qui sort de la présente étude. En fait, c'est le L 39 de 1939, un fusil à dinosaures tirant une cartouche de 20 X 138 mm en mode semi-automatique et pesant 49,5 kilos avec son chargeur de 10 coups. Il parait que les Finlandais ont particulièrement bien su s'en servir durant leurs deux guerres avec les Soviétiques, et pas seulement contre des chars. Ils ont peut-être inventé le tir anti-matériel eux aussi.

image044                 image046

Je pense que le concept du Fusil Anti-Tank fut un échec. Ces armes déjà dépassées au début du conflit furent facilement supplantées vers la fin de la Deuxième Guerre Mondiale par le Panzerfaust, le Panzerschreck, le Bazooka et dans une moindre mesure le P.I.A.T. Ces dernières armes à munitions autopropulsées ont évolué sur une autre voie, devenant de nos jours toute une famille de RPG 2 à 24, le 7 étant le plus connu, en même temps que les Law, Milan, Dragon, Javelin, et autre Sagger plus gros. Ce ne sont plus des fusils.

 

Après çà, je ne mets pratiquement plus de photos puisque vous connaissez tous les modèles suivants et j'en ai sûrement oublié. Je trouve aussi que ces armes si modernes manquent d'originalité dans leur aspect et ne ressemblent plus à rien qu'à d'autres carabines modernes. Leurs capacités tactiques et les prouesses techniques qu'elles matérialisent restent cependant réelles et loin d'être négligeables.

 

Avec l'expérience du fusil anti-char, les recherches sur ces nouveaux fusils dits « d'intervention », ou « anti-matériel », commencèrent à partir de 1970 pour la destruction d'objectifs sensibles et peu protégés et à distance de sécurité, voire les officiers, les chefs de chars, ou les chefs de batterie sur un poste d'artillerie, l'assassinat à distance d'un homme politique n'étant pas à cette époque au programme officiel des braves gens, mais ça peut venir. Après deux cents ans de silence, on en revient donc au Fusil de Rempart, sauf que les performances de la bécane sont un peu différentes et qu'il y a une lunette dessus pour ajuster le pélot à distance. Et pour l'efficacité terminale, bonjour la différence avec la vieille balle sous calepin car ça tape encore fort là où il faut à 1000 mètres, contre les 200 mètres de portée pour le vieux Fusil de Rempart.

 

Le tireur doit être excellent, bien entendu, mais il n'y a rien de neuf en fait. Il paraît que l'Histoire n'est qu'un éternel recommencement. Et l'histoire des armes est liée à celle de l'Homme, et de ses guerres bien entendu. Sauf que les politiques, tout en étant en mal de réélection, veulent empêcher les peuples de leur expliquer qu'ils ne sont pas d'accord avec eux et se rabattent donc sur la masse bêlante en les endormant avec des chimères. Sauf aussi que les industriels n'en ont rien à foutre et qu'ils continuent à mettre de ces objets magiques sur le marché, à la disposition de qui aura les moyens de se les payer. C'est l'industriel qui commande, parce qu'il a fait un autre pacte avec le Diable que le politique : Le fric. Le politique, lui, est accro au pouvoir. Ce n'est pas tout à fait pareil, hein.

 

Donc en 1982 et sur une inspiration qui lui vint en observant une vedette de patrouille fluviale avec à la proue une superbe « Ma Deuce », la fameuse Browning M2, Ronnie Barrett met son fusil M82 sur le marché, en calibre .50 BMG ( 12,7 X 99 mm ). Lancé sur sa rampe grâce à la Première Guerre du Golfe où on redécouvre l'utilité du Fusil de Rempart, celui-ci a évolué depuis pour arriver dans sa configuration actuelle en bull-pup après avoir acquis le marché international, dont celui de l'armée mexicaine entre autres, qui s'en sert dans sa lutte contre les narcotraficantes. Ses frères américains sont le Mac Millan, lui aussi en calibre 12,7 mm X 99 mm, et l'AW 50 de chez Accuracy International, toujours en 12,7 X 99 mm. Et cocorico les pieds dans le fumier, la relativement nouvelle carabine Hecate II de chez PGM en 12,7 X 99 mm, qui est française et pas américaine, est dite de partout être la Rolls Royce du type. C'est le top, qu'ils disent.

 

Mais entre-temps à l'Est, rien de nouveau. En 1987 les Hongrois de chez Bathory & Epszolg sortirent le Gepard M1, en calibre 12,7 X 107 mm soviétique, à culasse à verrou et au coup par coup. Le boîtier de culasse ressemble à un gros tuyau avec un ressort dedans. Dans la foulée, l'arme a une sœur qui s'appelle M2, toujours en calibre 12,7 X 107 mm et avec une culasse à verrou, mais un chargeur de 5 ou 10 coups. Juste après, et puisqu'il y avait un marché pour cela, vinrent le modèle Gepard M2A1, en calibre 14,5 mm cette fois, à fonctionnement semi-automatique et chargeur de 5 coups, puis les Gepard M4 et M5, en calibre 12,7 X 107 mm ou 12,7 X 99 mm histoire de prendre une part sur le marché étranger, tirant en semi-automatique avec un chargeur de 5 coups, et en configuration bull-pup.

 

En 2005, la Hongrie sortit le Gepard M6 « Lynx », soit en calibre 12,7 X 107 mm ou 12,7 X 99 mm, toujours à fonctionnement semi-automatique, un chargeur de 5 coups et une configuration bull-pup. Plus compact que çà, c'est difficile à faire et à mon avis les concurrents ont du souci à se faire parce que le marché est là.

 

 

 

Celui qui m'a plu le plus, si l'on peut dire car je reste un irréductible amateur d'Armes Anciennes, c'est le fusil anti-matériel proposé par nos efficaces et pragmatiques amis Sud-Africains de chez Denel, qui sortirent le NTW 20 en 1990, une arme casse-tout de 16 kilos tirant à répétition mais avec un chargeur latéral de 5 cartouches en calibre 20, soit 20 X 82 mm ou 20 X 109 mm. Lunette, et tout... Dégagez devant !

image048                     image050

 Ainsi, de l'arquebuse à canon rayé et gros calibre sur fourquine pour tirer la poutre qui se trouve dans l'œil du voisin d'en face, on en vint au Fusil de Rempart pour faire des trous dans les voisins du dessous, puis au Fusil Anti-Tank qui démonte l'épaule et qui ne sert pas à grand'chose on s'en est vite rendu compte, pour enfin arriver à la quintessence du concept, dans le Fusil d'Intervention ou Fusil Anti-Matériel comme on préfère l'appeler chez les anglo-saxons.

 

Et demain, on aura le pulseur à laser avec une portée de plusieurs kilomètres et un projectile guidé par GPS, voire même après récupération des coordonnées piquées sur le contenu de la boîte à cerveau de la victime choisie, après une interrogation de Docteur Google is Watching You au grand ordinateur de chez Séhîhâ ou de chez Maussade. T'as plus aucune chance mon'yeu, hein...

 

Est-ce que ça dérange vraiment que j'aie essayé de faire ici un rapprochement entre les premiers outils de frappe chirurgicale, et pas de destruction chirurgicale, et sans dommages collatéraux s'il-vous-plaît, et ces superbes machines modernes destinées à raccourcir les massacres autant que peut se faire ? C'est quand-même mieux que les ADM, non ? Et au moins, c'est efficace. Les Forces Spéciales en redemandent.

 

Sauf que Black Powder über alles et rules O.K. Cà au moins, c'est « propre ». Si on nettoie...

  

BZ             

Mise à jour le Samedi, 06 Novembre 2010 18:18  
Accueil Histoires pour Arquebusiers Histoires de BZ Du fusil de rempart au fusil anti-matériel