Comment « HANDGONNE » devient tout naturellement « HANDGUN »

Il y a des gens sympas. Et parfois, on les prend pour des fous, mais « on » est un con. Donc, je tombe sur cette revue qui s’appelle BLACK POWDER et qui paraît tous les 3 mois chez nos britiches amis de ce qu’on pourrait appeler l’Association des Arquebusiers de Grande-Bretagne. C’est un peu comme le petit bouquin qui était édité par les Arquebusiers de France, mais en beaucoup moins rustique. Sauf que chez les A.D.F., c’était compris dans la maigre cotisation, donc on ne peut faire qu’avec ce qu’on a, et que chez nos tireurs d’outre-Manche, ça coûte 5,00 Britiches Livres Sterling, soit un peu plus de 7,40 Euro. Sans le port. Mais c’est bien, tout aussi bien même que notre truc français, du moins à l’époque où je cotisais encore avant d’en avoir marre de ne lire que des palmarès où les gens font des super scores qu’on se demande comment ils font, ou de concourir à côté de gens qui n’avaient pas l’esprit et qui venaient avec des vêtements de tir ou des organes de visée anachroniques. Et surtout parce qu’on les laissait faire. Enfin, je continue…

Donc de nouveau, je tombe sur cette revue, édition d’hiver 2006. En dehors d’articles super valables qui reprennent des archives du 19ème. Siècle et racontent comment des ouvriers travaillant dans une poudrerie étaient arrivés à se faire sauter la gueule en nettoyant des broyeurs, enquête qui suit et tout, il y en a un qui m’a tout particulièrement plu. Celui-là a été pondu par un Suisse, chez qui tout le monde sait qu’il existe aussi des Arquebusiers parce qu’ils ont une tradition de Tir largement plus ancienne et élaborée que nous, pauvres franchouillards au béret, charentaises aux pieds, marcel sur le dos, falzard feu de plancher, fraise sur le pif, mégot de roulé ou de Gitane « maïs » qui pend au bord des lèvres, kil de rouge sous le bras, baguette de bricheton dans une main et claco bien mûr dans l’autre. Ce Suisse-là est un bon, je vous le dis et, pour votre information, il s’appelle Ülrich BRETSCHER. L’affaire se passe de nos jours, mais elle traite des toutes premières armes à feu dont on ait retrouvé des traces. Vous savez, ces tuyaux qu’on appuyait sur le thorax ou qu’on tenait sous le bras, et qui projetaient un petit boulet lorsqu’on mettait le feu à la charge qu’il y a dedans ? Mais si ! Il existe un tableau bien connu, qui représente le siège d’un château-fort et qui est daté de 1468. Une autre gravure encore plus ancienne date de 1326 et représente un petit canon fixé sur une table et qui tire des grosses flèches. Un autre dessin de 1400 représente un engin plus long, dont l’une des extrémités est posée par terre et l’autre est pointée vers la cible, en l’occurrence le mur d’une citadelle. Dans l’Encyclopédie du Moyen-Age de VIOLLET LE DUC, cette arme s’appelle un « Trait à feu ». Chez les anciens Allemands, on appelait çà des « Faustrohr » qui signifie « Tuyau de poing » ou « Tube de poing », ou bien des « Faustbüchse », qui se traduirait par « Boîte de poing » ou « Etui de poing ». Aujourd’hui, en allemand, quand on parle de « Büchse », on pense à une carabine. Il n’y a pas si longtemps encore, nos voisins d’outre-Rhin avaient mis en service un tube anti-char qu’ils ont appelé « Panzerfaust », ce qui pourrait se traduire par « Anti-blindage à poing ». Toujours en allemand, la main se dit « hand », tout comme en anglais, bien que cela ne se prononce pas de la même manière. Mais çà, c’est un détail. Et en ancien anglais du 14ème. et du 15ème. Siècles, le genre d’armes dont il est question ici avait été appelé « Gonne ». De nos jours en anglais, c’est devenu « Handgun », ce truc qui fait rêver certains enfants, que certains cons mélangent en appelant un revolver un pistolet et inversement, et qui fait peur à un maximum d’ignares, craintifs, moutonneux et bornés, dès qu’ils entendent prononcer ce mot. L’auteur Suisse s’est inspiré de ces gravures ou peintures pour déterminer comment il fallait tenir l’arme, c’est-à-dire sous l’aisselle droite en s’aidant de la main gauche pour supporter le manche, la main droite faisant partir le coup avec un boutefeu. Sauf que les gravures de VIOLLET LE DUC datent du 19ème. Siècle et représentent des hommes qui les tiennent différemment, c’est-à-dire sous l’aisselle gauche en les allumant de la main droite. Une autre gravure montre un homme en habit blindé, en selle sur un cheval également caparaçonné, dont le trait à poudre est retenu à la base par un œillet fixé sur son armure de poitrail, en plein sur le bréchet, comme cela le pied bougera bien quand le coup va partir et le boulet ira n’importe où. Et pour tirer avec ce type d’arme, notre Suisse Ülrich en a fabriqué une lui-même ! La fabrication devant être rigoureusement identique à celles d’origine, il fallait donc à notre brave homme qu’il en ait une devant lui, de près et si possible dans les mains. Je ne sais pas pourquoi, mais il a eu la chance d’en tenir une au cours d’une visite au Musée Historique de Nürnberg en Allemagne. Chez nous, les Musées Historiques vraiment valables ne sont pas pléthore, mais j’ai connu le Musée Historique de Strasbourg, en France, je suis tombé sur le bas du dos quand j’ai visité le Musée National de la Marine à l’époque où il se trouvait encore près du Trocadéro à Paris, et j’ai loupé l’occasion d’aller voir le Musées des Armées, toujours à Paris, à l’Hôtel des Invalides.

Disons aussi au passage que tout arquebusier devrait avoir visité au moins une fois dans sa vie le Musée de l’Empéri à Salon-de-Provence. Sauf que, si ce dernier vaut vraiment le coup de se déplacer, on n’y verra pas d’armes à feu du Moyen-Age parce que la collection s’est volontairement limitée aux trois derniers siècles. Le « Gueune » exposé à Nürnberg a été trouvé en 1849 au fond d’un puits sur le Château de Tannenberg, en Hesse. L’arme était encore chargée lorsqu’on la trouvée. Et pour bien expliquer à ceux qui savent toujours tout, on insistera sur le fait qu’elle était chargée avec une balle de plomb, et pas de pierre. Le château ayant été détruit en 1399, l’arme était donc encore plus ancienne que cela. Ce qui veut dire que l’utilisation du plomb dans les projectiles propulsés est plus ancienne qu’on le croit, malgré les gros boulets en pierre retrouvés autour des canons de forteresse des 15ème. et 16ème. Siècles, c’est-à-dire beaucoup plus tard que l’époque des traits à feu. Ülrich s’est donc inspiré de ce qui restait de cet trait à feu, dont l’original était en bronze fondu. Il a pris une barre de bronze dit « à canon », qu’il a d’abord tournée et qu’il a finie à la lime. L’objet mesure 330 mm de long, avec d’un côté une cuvette pour recevoir la hampe, ou le manche selon la façon dont on veut appeler le bout de bois avec lequel le tireur tient son arme, et dont le diamètre est inférieur à la partie vive de l’arme. Puis le forage présente une chambre de 107 mm de long sur un diamètre de 6 mm, et vient ensuite l’âme du canon, foré au calibre de 17 mm sur 156 mm de long. Toute la pièce présente une forme octogonale, avec des pans reproduits à l’identique de l’original et mesurant respectivement, dans le sens des aiguilles d’une montre, bouche regardée de face, 16 mm à midi, 14 mm, 12,7 mm, 13 mm, 14 mm, 13,5 mm, puis 12,5 mm et 14,5 mm. La bouche est tulipée à l’extérieur, mais l’intérieur reste constamment au même calibre de 17 mm. A 263 mm de la bouche, se trouve une lumière qui donne sur le fond de la chambre. Pour la hampe, Ülrich a utilisé une pièce de frêne de 1,50 m environ.

Ce qui marque en premier, c’est la longueur exceptionnelle de la chambre. Les fabricants d’armes de l’époque ne connaissaient pas le paradoxe hydrostatique de nos Physiques modernes, mais croyaient que l’expansion des gaz n’agissait principalement que sur le centre de la balle. Ce qui est dingue, c’est qu’en se trompant sur leur explication, l’application de leur théorie donna d’excellents résultats. Cela prouve qu’il ne faut pas toujours croire nos profs de maths et de physique, qu’Albert EINSTEIN s’était peut-être trompé, que tout n’est pas si relatif que cela et qu’on voyagera sûrement un jour dans l’espace dans des délais humains, beaucoup plus loin et plus vite que nous savons le faire aujourd’hui. A cause de la longueur de cette chambre, Ülrich, toujours si curieux malgré son âge qu’il dit avancé, a fabriqué une autre « Gonne », mais cylindrique cette fois. La longueur totale est de 250 mm, avec une âme de 186 mm forée au calibre de 17 mm, l’épaisseur de la barre étant de 39 mm. Cette barre fut tournée dans de l’acier classique de construction, sans chambre cette fois, et c’est pour retrouver les mêmes conditions de combustion que dans la Tannenberg, avec 6,8 ml de poudre, que le canon fut foré sur la longueur de 186 mm. Un autre trait à feu retrouvé outre-Rhin a été découvert dans la vile de Dantzig en Poméranie, à l’époque dans l’Est de l’Allemagne mais ville libre depuis le Traité de Versailles de 1918, et appelée aujourd’hui Gdansk en Pologne. Rappelez-vous donc, le « Couloir de Dantzig » qui gênait tant le petit peintre à la mèche et moustache courte et qui a mené son pays à la catastrophe parce qu’il voulait la revanche. Mais si, c’est là ! En 1920, le contremaître d’une équipe d’ouvriers a récupéré la partie en bronze de ce « Faustrohr » alors qu’ils creusaient des tranchées pour la pose de conduites d’alimentation de la ville en eau. Et en 1970, un copain de notre Ülrich Suisse a fabriqué 20 copies en bronze de ce trait à feu, les vendant pour un prix modéré de je ne sais pas combien de choses en monnaie de chien. Et c’est de ce truc qu’Ülrich parle. Une réplique, donc, mais pas Italienne pour une fois. Tout en possédant des angles, l’objet n’est plus hexagonal mais la bouche représente une tête d’homme avec une grande moustache tombante devenant une barbe, et la bouche d’un masque un peu grotesque fait office de lumière. La pièce mesure 180 mm en tout et pour tout, avec une chambre de 46 mm de long sur un diamètre de 10 mm, un canon au calibre de 12 mm sur une longueur de 77 mm. La chambre fait 37 % de la longueur totale du canon. Dans les armes du 19ème. Siècle, les chambres ne sont que de 5 % à 10 % de la longueur du canon. A l’époque, il devait sûrement déjà y avoir eu des gens qui s’étaient fait peur, voire exploser quelque chose, parce que la balle n’était pas assise sur la charge. Donc, on peut supposer que la chambre était remplie jusqu’en haut. Avec une aussi grande chambre, le trait à feu contenait tellement de poudre que la majeure partie devait sortir en une immense gerbe d’étincelles, en faisant très peur à l’adversaire et à son cheval, et en mettant peut-être aussi le feu aux buissons tout autour. Cette dernière copie de trait à feu a été transformée depuis en cane, dont Ülrich se plaint qu’il doit s’en servir de plus en plus. Dur-dur de devenir vieux.

Si Monsieur Ülrich BRETSCHER tombe un jour sur ce je suis en train d’écrire là, qu’il me pardonne d’avoir osé le reprendre en ne me limitant pas à une simple traduction et sans lui demander son accord, mais de toute façon c’était pour la bonne cause et pour que le savoir qu’il a tiré de son expérience puisse servir à enrichir la culture des autres, lesquels n’ont pas tous la chance de trouver ses articles et dont beaucoup ne lisent ni ne comprennent ni l’allemand, ni l’anglais. Il fallait que cela soit fait. Les essais ont été effectués dans les années 1980. Ils ne consistent pas seulement en des tirs de précision après avoir cherché la charge et la façon de tenir et d’allumer l’arme, mais aussi à prendre des mesures de vitesse et d’énergie en utilisant le principe du pendule. Comme on ne peut pas vraiment mesurer la vitesse à la bouche pour les balles sortant d’une arme se chargeant par la bouche et qui tire une balle calepinée, parce que le chronomètre va être perturbé par les gaz et le calepin, il a fallu procéder autrement. Ülrich a donc fabriqué un support qu’il a accroché au plafond de sa cave, l’arme pendant au bout, tirant à quelque 3 mètres dans un bloc de bois sur lequel se trouvait un repère, avec une bande graduée en mètres contre le mur et en filmant le tout pour mesurer la longueur sur laquelle se déplacent les objets. Le calcul a été fait selon l’application d’une équation complexe pour beaucoup d’entre nous et que je ne reprendrai pas, qui intègre la masse de la balle, la masse du bloc pendule, la hauteur du relevage, l’angle du pendule maximum observé, sa longueur, et la gravité terrestre. Les poudres utilisées furent de la suisse S2 et de la fabrication maison. Parce que, voyez-vous, quand on est capable de faire des essais comme ceux-là, on est assez fondu pour fabriquer de la poudre noire soi-même. Tout en prévenant qu’il ne voulait pas qu’on fasse pareil, ses proportions sont de 100 parts de salpêtre, 18 parts de charbon de bois de saule et 16 parts de soufre. Les résultats sont éloquents.

En utilisant le trait à poudre de Tannenberg à longue chambre de 6 mm et avec 5 Grammes de poudre S2 du commerce, Ülrich a obtenu des vitesses atteignant jusqu’à plus de 300 m/sec, et avec 4,5 Grammes de sa poudre « maison », il a atteint près de 350 M/Sec. Ce qui veut déjà dire que la poudre qu’il fait lui-même est meilleure que l’autre. Toujours dans la même arme, les mesures d’énergie ont donné 1250 Joules avec les 5 Grammes de S2, et jusqu’à 1500 Joules avec 4,5 Grammes de poudre « maison ». En utilisant le trait à poudre qu’il avait fabriqué sans chambre, Ülrich a obtenu à peine 280 M/Sec avec 4,5 Grammes de S2, et 230 M/Sec avec 4,5 Grammes de poudre « maison ». Les mesures d’énergie avec l’arme sans chambre ont donné à peine 1000 Joules avec 4,5 Grammes de S2 et à peine plus de 560 Joules avec 4,5 Grammes de poudre « maison ». Les charges ont été augmentées par étapes de 1 Gramme, 4,5 Grammes remplissant totalement la chambre. Yaoûûûh… Et les plans en coupe des gravures de VIOLLET LE DUC représentent des traits à poudre sans chambre ! Serait-ce que les ancêtres des Allemands étaient meilleurs arquebusiers que nos ancêtre François ? Mais non, VIOLLET LE DUC n’était qu’un architecte romantique et rêveur du 19ème. Siècle, qui a juste voulu montrer que notre Moyen-Age n’était pas cette période si sombre et si primitive que les gens croyaient. Je ne suis pas certain qu’il ait bien mesuré l’intérieur des traits à poudre qu’il a pu avoir dans les mains. Tout le monde n’est pas tireur, et encore moins arquebusier comme nous…

Pour le tir sur cible et comme le tir avec ce genre d’armes ne s’est pas perpétué jusqu’ici, les premières questions à se poser furent comment faire partir le départ du coup. Apparemment éminent spécialiste en la matière, Ülrich n’avait encore vu que deux traits à poudre avec un bassinet ressemblant à celui des arquebuses classiques. Tous les autres n’avaient qu’une simple lumière. Les textes anciens ne faisaient état que d’une mise à feu par une tige de fer chauffée au rouge, appelée « Loseisen » en allemand, ou d’une amorce, sans détails. Il a donc commencé avec le fer rouge. Dans la pratique et au cours d’une bataille, l’utilisation de cette manière de mettre à feu implique que le tireur, ou les tireurs, aient un feu à proximité immédiate. Pour défendre un château, on peut encore accepter qu’un brasero fût disponible sur les créneaux. Mais pour en attaquer un avec ce type d’arme, on devait bouger. Courir jusqu’au feu pour prendre une autre tige chauffée au rouge et revenir près des murailles, où la tige aurait refroidi, n’était donc pas pensable. Les essais avec le morceau de fer porté au rouge ont tous donné des résultats concluants, c’est-à-dire que le coup est parti à chaque fois, mais il fallait utiliser une tige suffisamment fine pour entrer dans le conduit de la lumière et atteindre la charge. A chaque fois, la tige de métal se déformait et, dès le premier coup, cette déformation empêchait qu’on utilise la tige à nouveau sans redresser l’angle. Pas pratique, donc pas bon ici, mais on a gardé cette méthode pour les canons de marine pendant bien longtemps encore.


En utilisant un petit cordon de coton traité à l’acétate de plomb pour qu’il ne se consume pas trop vite, à savoir une « mèche » qui a donné le mot de « match » en anglais, pour parler des allumettes, of course, on restait plus libre d’action sur le champ de bataille. La mèche peut se garder dans une boîte ajourée, que l’on peut donc porter sur soi, à la ceinture par exemple. Un bout de 15 cm dure une bonne demie heure. C’est ce que faisaient les premiers arquebusiers, avant l’avènement de la platine à rouet. J’imagine pourtant qu’il doit bien y en avoir eu quelques uns qui se sont fait disperser en petits morceaux. Aujourd’hui, les adeptes du Hizadaï, du Tanegashima ou du Tanzutsu utilisent une boîte de conserve vide, percée de toutes parts. En coinçant un bout de mèche au bout d’une baguette et en présentant l’extrémité incandescente devant la lumière bien remplie, le coup partait sans qu’on soit obligé de mettre quelque chose d’exogène dans le conduit, comme c’était le cas avec l’extrémité de la fine tige de fil de fer chauffée au rouge. Bien entendu et ces armes ne possédant pas d’organes de visée, le tir était instinctif. Comme pour les archers Assyriens, les Scythes ou bien les Anglais qui ont battu nos ancêtres à Crécy en Ponthieu ou à Azincourt, ou même Robin des Bois et ses quarante moqueurs, le tir se faisait avec les tripes et les fesses, à l’intuition. Dans le passé, j’ai personnellement possédé un arc de chasse à double courbure sans organes de visée, et j’allais avec un ou deux collègues faire un tour dans le maquis pour nous entraîner ou dans la forêt pour nous taper un parcours de chasse qu’on avait construit, le temps d’obtenir un jour un permis de chasser à l’arc. Car à cette époque-là, la chasse à l’arc n’était pas encore pratiquée en France comme de nos jours. Tous, autant que nous étions, nous n’avions pas d’organes de visée. Surtout ceux qui utilisaient d’arc droit, le « long-bow » anglais. Un chasseur à l’arc qui veut du pur, tire sans viseur. Ce n’est pas évident, mais ça vient avec la pratique. L’arc à cames, dit « compound », c’est pour les viandards et les avortons qui n’ont rien dans les bras. C’est comme les tireurs. Il n’y a que la poudre noire duraille qui m’aille. Mais, allez, hein, j’aime bien utiliser un viseur aussi. Je préfère, d’ailleurs. Je n’en suis pas encore au « Charleville ». Pas tout-à-fait prêt. Donc, notre Suisse a tiré d’instinct, tenant le manche de son trait à poudre sous le bras droit, en le maintenant par le milieu avec le bras gauche et le dirigeant vers la cible placée à 25 pas. La cible utilisée fut une cible réglementaire militaire suisse modèle Armée E. C’est une plaque haute et large comme un homme debout, découpée en haut de façon à représenter ce qui ressemblerait à une tête carrée. Ülrich recommande de tirer les deux yeux ouverts pour garder une visée tridimensionnelle, sans baisser la tête le long du manche. Il recommande aussi de se concentrer sur un point précis de la cible, et pas juste la forme générale. Avec la Tannenberg, il a réalisé des tirs regroupant 8 impacts dans la cible, tous entre la gorge et la ceinture, la majeure partie dans la poitrine. A une distance de 2 mètres et avec 4,5 Grammes sur une balle ronde calepinée de 16,8 mm, la reproduction du trait à feu de Tannenberg a percé une plaque d’acier de 2 mm d’épaisseur. A la même distance et avec 3 Grammes de poudre noire dans sa réplique de Danziger, la balle a traversé une plaque d’acier de 1,5 mm. Et si on reporte ces données sur les qualités de métal dans lequel les armures du Moyen-Age étaient forgées, parce qu’avec de telles épaisseurs presque personne ne pouvait les porter, on est obligé de se rendre compte que tous les historiens qui ont prétendu que les premières armes à feu faisaient plus de peur que de mal, se sont trompés. On sait qu’on ne vivait pas vieux à cette époque. Sans convertisseur de Bessemer pour faire de l’acier bien solide, sans Henri DUNANT avec sa Croix Rouge pour soigner les viandés au bréchet enfoncé, et sans Alexandre FLEMMING avec sa Pénicilline, les chances de sortir à chaque fois entier des foires d’empoigne de l’époque étaient faibles. Mais Schwartpulver über alles !

Bernard ZEHNACKER