LA BATAILLE DES LAVA BEDS

U.S. Army contre Modoc

Traduction d’un article de J.G. BILBY paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1993

Dans le sillage de la RuĂ©e vers l’Or de 1849, les petites tribus indigènes d’AmĂ©rindiens de Californie furent accablĂ©es par une vague de pillages, de viols, de massacres et de maladies qui rĂ©duisirent la population Indienne de l’Etat de soixante dix pour cent. A moins d’un millier, les Modoc, qui chassaient, cueillaient et pĂŞchaient sur une zone de plus de 5000 miles carrĂ©s près de la frontière entre la Californie et l’Oregon, refusèrent de sombrer tranquillement dans l’histoire sans rĂ©agir. Les Modoc prĂ©fĂ©raient Ă©viter les Blancs, mais l’invasion engendra une rĂ©sistance et dĂ©gĂ©nĂ©ra en une sĂ©rie de conflits pendant toutes les annĂ©es 1850. RavagĂ©s par la guerre et par la variole, opprimĂ©s par les colons et le gouvernement, les Modoc furent forcĂ©s Ă  Ă©migrer vers la RĂ©serve Klamath dans l’Oregon, après un traitĂ© signĂ© en 1864. Bien qu’harcelĂ©s par les Klamath, leur principal chef, Old Schonchin, Vieux Chauchichon, avec d’autres de son peuple, s’adaptèrent aux difficultĂ©s et Ă  la prĂ©caritĂ© de la vie en rĂ©serve. Beaucoup ne purent pas le faire. Kientpoos, connu chez les Blancs comme Captain Jack, retourna vers les traditionnels territoires de chasse sur la Lost River, Oregon. En 1870, le Responsable aux Affaires Indiennes de l’Oregon, Alfred B. MEACHAM, rĂ©ussit Ă  convaincre Jack de revenir dans la rĂ©serve auprès de son peuple. Pourtant, de nouveaux heurts avec les Klamath, combinĂ©s Ă  un programme officiel de destruction des pratiques culturelles et religieuses traditionnelles Modoc, provoqua une nouvelle fuite de la bande vers la Lost River en quelques mois. Les mineurs de la ville de Yreka, Ă©galement appelĂ©e Eureka et situĂ©e sur la cĂ´te, California, oĂą les Modoc travaillaient, achetaient, demandaient avis et aidaient mĂŞme Ă  combattre des feux, n’étaient pas gĂŞnĂ©s par le retour des Indiens. Les fermiers locaux non plus, payant un « loyer Â» aux Modoc sous forme de marchandises et de nourriture, ou employant des Indiens comme cow-boys, c’est-Ă -dire comme gardiens de vaches. Mais certains colons, en particulier de l’Oregon, estimaient que les Modoc constituaient une menace et envoyèrent une pĂ©tition au gouvernement pour qu’on les renvoyât. Tentant un compromis, Captain Jack proposa que l’on lui accordât une rĂ©serve de six miles carrĂ©s sur la Lost River pour lui et son peuple. Mais cette solution tout Ă  fait raisonnable, avalisĂ©e par MEACHAM et par le GĂ©nĂ©ral Edward R.S. CANBY, chef du DĂ©partement Ă  Columbia, ne fut jamais vraiment prise au sĂ©rieux, sans doute parce qu’elle aurait constituĂ© un dangereux prĂ©cĂ©dent en permettant aux Indiens de rĂ©clamer leurs terres traditionnelles.

Pendant que se traitaient toutes les tentatives de convaincre le peuple de Jack de revenir vers la rĂ©serve, Curly Headed Doctor, Docteur TĂŞte BouclĂ©e, un shaman, prĂ©senta la Danse des Esprits Ă  la bande de la Lost River. Mieux connue pour son association avec la tragĂ©die de Wounded Knee, le Genou BlessĂ©, en 1890, la religion de la Danse des Esprits, qui promettait Ă  ses fidèles la disparition des Blancs et la restauration de leur ancien mode de vie, tient ses origines chez les PaĂŻutes en 1870. Au dĂ©but de 1872, MEACHAM fuit remplacĂ© par T.B. ODENEAL. Le nouveau responsable promettait publiquement d’être ami avec les Indiens, mais demandait sous la table Â« l’élimination Â» de la bande de Jack, disant que c’était Â« la manière la plus clĂ©mente et la plus ChrĂ©tienne Â», et le moyen Â« le plus sĂ»r Â», de rĂ©gler le problème. Il n’y avait pas de nĂ©gociation possible. Le gouvernement n’approuverait pas une rĂ©serve sur la Lost River, et Jack, pressĂ© par les Danseurs des Esprits, risquait sa place de chef s’il faiblissait. S’il acceptait d’aller autre part, il perdrait Ă  coup sĂ»r. ODENEAL ne perçut pas la force de la bande de la Lost River, faisant l’erreur de conclure que Captain Jack, Hooker Jim, Jim la Pute, et d’autres chefs, ne reprĂ©sentaient pas leur peuple qui, croyaient-ils, voulait rĂ©intĂ©grer la rĂ©serve. FrustrĂ©, le Responsable des Affaires Indiennes demanda au Major John GREEN du 1st. Cavalry, commandant du Fort Klamath, de former une Â« force suffisante Â» pour arrĂŞter le chef Modoc. Sans en rĂ©fĂ©rer Ă  CANBY, GREEN ordonna au Capitaine James JACKSON de mettre le Compagnie B du 1st. Cavalry en selle et de se rendre sur la Lost River. Seize heures plus tard, les trente huit hommes de JACKSON s’approchaient du village endormi de Captain Jack, pendant qu’une bande non officielle de quatorze civils armĂ©s traversaient la rivière pour pĂ©nĂ©trer dans le camp de Hooker Jim. Comme Jack restait dans sa cabane, JACKSON engagea un pourparler futile avec plusieurs Modoc, puis leur commanda de lui remettre leurs armes.

Comme les Indiens hĂ©sitaient, le Lieutenant F.A. BOUTELLE dit Ă  JACKSON que la bagarre Ă©tait sur le point d’éclater et que Â« plus vite vous la commencerez vous-mĂŞme, meilleur ce sera pour nous ». Le Lieutenant sortit son revolver et se prĂ©cipita sur Scarface Charley, Charlie la Balafre, lui criant Ă  la figure Â« Fils de pute ! Â» et lui tirant dessus. Charley riposta, Ă©raflant le bras gauche de l’officier. Et voilĂ , c’est parti ! Encore un de ces cons de sous-fifres qui fout la merde parce qu’il veut des galons en montrant Ă  ses supĂ©rieurs comment il se bagarre. En plus, il loupe l’Indien qui est juste en face de lui, et l’autre lui fait mal. Les soldats ouvrirent le feu avec leurs carabines Sharps en .50-70, et les Modoc se mirent Ă  couvert derrière leurs cabanes en ripostant eux aussi. En cinq minutes, on fit cesser le feu des deux cĂ´tĂ©s, avec un soldat et un Modoc morts, et sept soldats blessĂ©s. Les Tuniques Bleues ont ouvert le feu en premier, donc ils avaient l’avantage, mais on dirait qu’il leur manquait encore un peu d’entraĂ®nement parce qu’ils n’ont mĂŞme pas Ă©tĂ© capables de buter plus d’Indiens qu’un seul et qu’ils n’en ont mĂŞme pas blessĂ© d’autres, tout en ayant dĂ©jĂ  sept blessĂ©s chez eux, spĂ©cialement quand on sait que les Indiens n’avaient pas la rĂ©putation d’être des tireurs exceptionnels. En entendant le bruit des coups de feu, les civils tirèrent dans le camp de Hooker Jim avec leurs fusils Henry et leurs fusils de chasse juxtaposĂ©s, blessant une femme et tuant son enfant, avant de battre en retraite en laissant deux morts derrière eux. Eux aussi, c’étaient des nuls. Avec des armes Ă  rĂ©pĂ©tition et des cracheurs de plomb, ils n’arrivent mĂŞme pas Ă  descendre des guerriers, juste une femme et un enfant qui Ă©taient sans armes, et en plus, ils laissent deux des leurs par-terre. Pendant que les soldats brĂ»laient son village, Jack emmena ses guerriers vers le Sud en Californie, sur la berge Ouest du Lac Tule. Ses femmes et ses enfants s’enfuirent dans des canoĂ«s. Les Modoc de Jack prĂ©vinrent des colons Blancs et leur dirent qu’il Ă©tait prĂ©fĂ©rable pour eux de quitter le pays, mais la bande de Hooker Jim tua une douzaine d’hommes en s’enfuyant le long de la rive Est du lac. Comme la rumeur de la bataille se rĂ©pandait, des fermiers amicaux tentèrent d’escorter une autre bande de Modoc sortis de leur rĂ©serve, avec Ă  sa tĂŞte Shacknasty Jim, Jim Baraque MĂ©chante, depuis Hot Creek jusqu’à la rĂ©serve. A Linkville, Oregon, une bande de querelleurs ivres menacèrent de lyncher les Modoc de Hot Creek et les effraya tellement qu’ils s’enfuirent pour rejoindre les fugitifs.

la bataille des lava beds 1
la bataille des lava beds 1

De gauche à droite, Scarface Charley, l’homme à la balafre sur la joue droite qui tourne la tête pour la cacher, Bogus Charley, ou «Charlie le Faux-Jeton», Steamboat Frank, ou «Frank du Bateau à Vapeur», Long Jim, ou «Jim le Long», et Shacknasty Jim. Long Jim porte une veste de l’Armée. Bien avant la guerre, beaucoup de Modoc avaient travaillé comme cow-boys pour les fermiers Blancs et avaient depuis longtemps abandonné leurs vêtements traditionnels. Mais une toque en fourrure Russe ou un petit chapeau de bourgeois, ça fait bizarre, sur la tête de Japonais. Ils ont les mains dans les poches. Manque plus que la cigarette.

Les fugitifs se rassemblèrent dans les Lava Beds, les Lits de Lave, cinquante miles carrĂ©s de prairies couvertes de buissons Ă©pineux et marquĂ©es par un paysage lunaire de restes volcaniques criblĂ©s de fissures, de crĂŞtes et de grottes au Sud du Lac Tule. Le terrain accidentĂ© des Beds offrait une sĂ©rie de positions dĂ©fensives naturelles, et les Indiens y Ă©tablirent une « forteresse Â» au milieu d’un fouillis de lave durcie, près des berges du lac. Lorsqu’il apprit la catastrophe dont ses subordonnĂ©s s’étaient rendus responsables, CANBY ordonna que l’on concentrât toutes les forces disponibles sur les Lava Beds. Son commandant sur le terrain Ă©tait le Lieutenant Colonel Frank WHEATON du 21st. Infantry qui, comme CANBY, Ă©tait un vĂ©tĂ©ran aguerri de la Guerre Civile.

Les forces de WHEATON comprenaient trois compagnies de la 21st. Infantry, trois de la 1st. Cavalry, et une section d’obusiers de montagne de 12 livres. Les 225 soldats de WHEATON étaient renforcés de 133 Volontaires de l’Oregon, dont beaucoup étaient des Indiens de la réserve Klamath, et 29 Californiens. En face de cette armée se trouvaient environ 150 Modoc, dont 50 guerriers.

Au soir du 16 Janvier 1872, comme les hommes de WHEATON prenaient place sur une falaise surplombant les Lava Beds, les Modoc terminaient la prĂ©paration finale de leurs dĂ©fenses. Curly Headed Doctor Ă©rigea un totem pour la Dance des Esprits, dĂ©corĂ© avec des talismans sacrĂ©s, au centre de la « forteresse Â», et entoura toute la zone d’un cercle protecteur fait d’herbe tressĂ©e peinte en rouge. Puis le sorcier entraĂ®na les Modoc dans une danse lancinante qui dura toute la nuit, et dont les Ă©chos rebondirent sur les escarpements de lave vers des soldats grelottants agglutinĂ©s autour de feux de broussailles. WHEATON lança son assaut simultanĂ© de l’Est et de l’Ouest Ă  4H00 du matin. L’infanterie Ă©tait armĂ©e du fusil rĂ©glementaire Springfield Model 1868 en .50-70.

Le Model 1868 fut la troisième des neuf versions du « Trapdoor Â», et on en fabriqua 51 389 exemplaires de 1868 Ă  1872. Beaucoup de composants proviennent des fusils Springfield Model 1861 et Model 1863. La caractĂ©ristique principale est la culasse pivotant vers l’avant, dont l’idĂ©e avait Ă©tĂ© piquĂ©e Ă  Hiram BERDAN  par Erskine S. ALLIN. L’affaire fit l’objet d’un long procès finissant après la mort de BERDAN, qui criait tout le temps « ALLIN, pour qu’elle revienne… Â».

Quelques-uns des Volontaires avaient Ă©tĂ© dotĂ©s de Springfield, et les autres portaient des fusils de sport. Les Compagnies B et G de la 1st. Cavalry Ă©taient armĂ©es de carabines Sharps en .50-70, alors que la Compagnie F avait des carabines Ă  rĂ©pĂ©tition Spencer Model 1865 Ă  sept coups en calibre .56-50. Les Modoc les affrontaient avec des fusils se chargeant par la bouche et des revolvers Ă  percussion. Bref, ils Ă©taient Ă  50 contre 387, et pas vraiment Ă  armes Ă©gales. On sait donc dĂ©jĂ  comment ça va finir : mal. Mais pour qui ?

Les obusiers de montagne donnèrent le signal de l’attaque, mais se turent bientĂ´t parce qu’un brouillard blanc recouvrait le champ de bataille et gĂŞnait l’observation. Très vite, les hommes de GREEN se mirent Ă  tirer sur des fantĂ´mes, alors que les Modoc les plus près se trouvaient Ă  un mile de lĂ  et que leur forteresse Ă©tait encore Ă  plus de trois miles. Lorsque les soldats arrivèrent enfin Ă  portĂ©e de tir, les Indiens, la tĂŞte hĂ©rissĂ©e d’un camouflage de buissons, ouvrirent un feu nourri sur eux puis disparurent. Les soldats se retrouvèrent seuls, piĂ©tinant lentement Ă  travers une brume vide, et dĂ©chirant leurs chaussures et leurs habits sur les arĂŞtes vives des rochers de lave. En fin d’après-midi, on mit fin Ă  l’attaque. Les guerriers Modoc, aidĂ©s par leurs femmes qui rechargeaient les fusils de rechange pendant qu’ils tiraient, surent tirer avantage de leur ligne intĂ©rieure en envoyant de petites escouades d’un point Ă  un autre, dĂ©fiant effrontĂ©ment leurs ennemis en leur envoyant injures et balles, les clouant au sol lĂ  oĂą ils Ă©taient. Avec tous les cris et les coups de feu qu’ils entendaient, beaucoup de soldats croyaient que les Indiens Ă©taient plus nombreux qu’eux. La confiance de l’Army fondit encore plus lorsque plusieurs cartouches de Spencer ne partirent pas, et que certaines carabines Sharps s’enrayèrent Ă  cause d’un extracteur dĂ©fectueux. Au dĂ©but de l’action, les Volontaires de l’Oregon avaient dĂ©jĂ  dĂ©clarĂ© une paix sĂ©parĂ©e, et beaucoup de rĂ©guliers se prĂ©cipitèrent vers l’arrière pour se rĂ©fugier dans le brouillard. Au crĂ©puscule, il restait moins de 100 soldats en action. Les Klamath ne montraient aucune envie de se battre, et donnèrent des amorces, de la poudre et des cartouches aux Modoc qu’ils rencontraient cachĂ©s dans le brouillard. Beaucoup de Modoc purent se rĂ©armer avec des fusils, des carabines et des munitions que les autres avaient abandonnĂ©s. VoilĂ . Tout faux, les mecs, Ă  peine c’est commencĂ©.

Les Volontaires en retraite avaient laissé derrière eux des fusils Remington et Ballard, et Shacknasty Jim récupéra le trophée du jour, un fusil à répétition Henry à seize coups. Les Modoc démontèrent des cartouches capturées afin de récupérer de la poudre et du plomb pour leurs armes à chargement par la bouche. Du côté des défenseurs, les tireurs isolés avaient tué quatorze attaquants et en avaient blessé vingt trois, sans aucune perte chez eux. Le General CANBY renvoya un WHEATON écrasé qui, dans le sillage de sa défaite, avait appelé 1000 hommes en renfort avec un support de bateaux et de mortiers pour débusquer les Modoc. WHEATON fut remplacé par le Colonel Alvan C. GILLEM du 1st. U.S. Cavalry.

Jack et sa suite Ă©taient partisans de la paix, mais il y avait d’autres factions dans la bande qui s’opposaient Ă  tout compromis, dont les hommes de Hooker Jim qui avaient peur de reprĂ©sailles pour les meurtres des colons, et les partisans de Curly Headed Doctor qui croyaient que la magie du sorcier leur assurerait la victoire. Les parlementaires n’avaient pas pouvoir pour garantir Ă  Jack ce qu’il voulait le plus : une rĂ©serve sur la Lost River ou mĂŞme sur les Lava Beds. L’amnistie et la dĂ©portation Ă©tait ce qu’ils pouvaient lui offrir de mieux. Pour compliquer les choses, l’Oregon poursuivit plusieurs Modoc pour meurtre. La sĂ©lection avait Ă©tĂ© faite au hasard et elle incluait Scarface Charley, lequel n’avait tuĂ© personne, sauf au combat. L’un des pontes de l’Oregon garantit aux Modoc qu’ils seraient tous pendus. Un autre leur dit qu’ils seraient brĂ»lĂ©s vifs s’ils se rendaient. Pendant que la marĂ©e des palabres montait et descendait, les hommes de GILLEM se rapprochèrent des Lava Beds, et dĂ©concertèrent les Indiens en capturant trente trois chevaux. Encore un coup dans le dos de ces salauds de visages-pâles Ă  la langue fourchue. Pendant qu’on discute pour faire la paix, l’autre vient par derrière pour te niquer tes billes. DĂ©jĂ  maigre avant, l’intendance de Jack s’érodait. DĂ©guisĂ© de force avec des vĂŞtements de femme avec des Modoc « durs Â» qui se moquaient de lui pour cette raison, Jack accepta finalement de les mener pour tuer les parlementaires au cours d’une rencontre prĂ©vue pour le 11 Avril 1873. Curly Headed Doctor, Hooker Jim et leurs partisans, Ă©taient convaincus que l’armĂ©e battrait en retraite si le General CANBY Ă©tait tuĂ©. Bien que prĂ©venu du complot par Toby Riddle, Toby Devinette, une femme Modoc qui, avec son mari Frank, servait d’interprète, CANBY mĂ©prisa le danger. Les parlementaires MEACHAM et L.S. DYAR firent preuve de moins de tĂ©mĂ©ritĂ© que le General et glissèrent des derringers dans leurs poches. Le dernier membre de l’équipe de nĂ©gociateurs, le Reverend Eleasar THOMAS, avait placĂ© toute sa confiance en Dieu. Lorsque les parlementaires et les Ă©poux Riddle arrivèrent Ă  la tente de confĂ©rence qui avait Ă©tĂ© plantĂ©e entre les lignes, ils furent accueillis par Captain Jack et sept autres Modoc portant ouvertement des revolvers. D’autres Indiens, armĂ©s de fusils, Ă©taient cachĂ©s dans les rochers. Coup tordu pour coup tordu. T’vas voir t’t’à l’heure. Comme CANBY distribuait des cigares, Jack, dans un dernier petit effort pour Ă©viter un dĂ©sastre imminent, rĂ©itĂ©ra une nouvelle fois sa requĂŞte pour une rĂ©serve, offrant mĂŞme de croire CANBY Â« sur parole Â». Le mot n’était pas, il ne pouvait pas l’être, Ă -propos. Sentant que les dĂ©s Ă©taient jetĂ©s, Jack cria Â« C’est parti ! Â» en Modoc, dĂ©gaina son revolver et tira sur CANBY. L’arme fit long-feu, Jack ramena de nouveau le chien en arrière et appuya une nouvelle fois sur la dĂ©tente, touchant le General en dessous de l’œil gauche. Mortellement blessĂ©, CANBY tomba par terre, se releva et s’enfuit en titubant. Lorsque le General s’écroula de nouveau un peu plus loin, Ellen’s Man George, George le Mari d’HĂ©lène, lui tira dessus avec un fusil, et Jack le poignarda. Ben merde… Pendant ce temps-lĂ , Boston Charley, Charlie de Boston, tua le Reverend THOMAS, se moquant du prĂŞtre parce que sa magie ne marchait pas. MEACHAM, brandissant son derringer, se retourna sur ses talons et se mit Ă  courir, jusqu’à ce qu’il fĂ»t fauchĂ© par une balle et qu’il tombât au sol. DYAR, son derringer dans la main lui aussi, se prĂ©cipita vers les lignes de l’armĂ©e avec Frank Riddle. Comme les deux hommes s’enfuyaient, les Modoc, qui n’avaient jamais eu la moindre intention de tuer les Riddle, d’ailleurs Scarfaced Charley qui refusait de participer Ă  ces meurtres, avait menacĂ© de tirer sur quiconque leur ferait du mal, se mirent Ă  dĂ©trousser CANBY, MEACHAM et THOMAS. Jack prit la vareuse de l’uniforme du General et Ellen’s Man sa montre. Boston Charley fit quelques tentatives pour couper la tĂŞte de CANBY et se posait des questions sur la meilleure façon de scalper un chauve, lorsque Toby Riddle cria Â« VoilĂ  les soldats ! Â» Les Modoc s’enfuirent. Des sauvages, que j’te dis, ces Indiens. Des sauvages ! A peine l’autre il est par terre qu’il a dĂ©jĂ  plus de veste ni de montre. C’est comme si tu t’arrĂŞtes sur l’autoroute pour changer un pneu, Ă  peine t’as commencĂ© Ă  l’avant qu’il y a quelqu’un qui dĂ©monte la roue arrière pour partir avec. Et le gros chauve, ce con, y a mĂŞme pas moyen de le scalper comme il faut. C’est quand-mĂŞme un monde, çà, madame !

Lorsque l’histoire fut relatĂ©e dans les journaux, le public cria revanche. Le PrĂ©sident GRANT abandonna sa politique de paix, et le General William T. SHERMAN, qui Ă©tait loin d’être un ami des Indigènes AmĂ©ricains dans les meilleures circonstances, prĂ©conisa une Â« extermination pure et simple Â» des Modoc et ordonna l’envoi de renforts vers les Lava Beds. Parmi les effectifs ajoutĂ©s aux forces du Colonel GILLEM, on compta 72 Ă©claireurs Indiens de Warm Springs, qui remplacèrent les Klamath inutiles. La force de l’armĂ©e grimpa Ă  1000 hommes y compris quatre compagnies de cavalerie, cinq d’infanterie et quatre batteries d’artillerie. Le 14 Avril, GILLEM donna l’ordre aux Compagnies F et K de la 1st. Cavalry, aux E et G de la 12th. Infantry, aux Batteries K, M et E de la 4th. Artillery, qui servait d’infanterie, et aux Indiens de Warm Springs, d’attaquer depuis l’ouest et le sud dans un mouvement de balayage. Trois compagnies de la 21st. Infantry et les Compagnies G et B de la 1st. Cavalry pĂ©nĂ©trèrent de l’est, dans l’espoir de faire la jonction avec les forces de l’ouest. L’assaut commença le jour suivant et les Modoc prirent les soldats sous leur feu de loin. Quand le soleil se coucha et bien que les officiers eussent rĂ©ussi Ă  remettre leurs hommes en mouvement, les soldats, qui avaient perdu trois morts et six blessĂ©s, n’avaient avancĂ© que d’un demi mile. Aucune perte n’était Ă  dĂ©plorer chez les Modoc. L’armĂ©e s’enterra et rĂ©sista pendant toute une nuit remplie de cris oĂą on s’échangeait des obscĂ©nitĂ©s et des coups de feu, et du grondement rĂ©gulier des obusiers ainsi que des mortiers de campagne. Ces dernières armes, grâce Ă  leur tir vertical, lâchèrent quelques obus directement dans la forteresse. Au matin, les soldats enjambèrent la corde magique, coupèrent les Indiens du lac et de leur rĂ©serve d’eau, et s’approchèrent Ă  cinquante yards du quartier-gĂ©nĂ©ral de Jack. La magie de Curly Headed Doctor fut encore plus sĂ©rieusement inefficace lorsque les Indiens souffrirent de leurs premières pertes depuis la Lost River. Plusieurs hommes et femmes avaient Ă©tĂ© blessĂ©s, et l’un des hommes s’était transformĂ© en fumĂ©e en essayant de retirer avec ses dents la fusĂ©e d’un obus qui n’avait pas explosĂ©. La situation tactique Ă©tant dĂ©sespĂ©rĂ©e, Captain Jack exfiltra ses guerriers et leurs parents vers le sud, Ă  travers les lignes de l’armĂ©e et sous le couvert de la nuit. Lorsque les soldats pĂ©nĂ©trèrent dans la forteresse abandonnĂ©e le matin suivant, ils ne trouvèrent personne d’autre qu’un vieil homme blessĂ©, lequel fut immĂ©diatement tuĂ© et scalpĂ©, et dont le trophĂ©e macabre fut divisĂ© en huit morceaux. Inquiet de l’évasion de sa proie, le Colonel GILLEM expĂ©dia des patrouilles dans tout le pays aux alentours. Mais les Modoc Ă©taient restĂ©s dans les Lava Beds, y trouvant du gibier et des grottes dans lesquelles ils puisaient de l’eau. En quelques jours, leur nouveau site fut dĂ©couvert par les Ă©claireurs de Warm Springs.

Le 26 Avril, GILLEM envoya le Capitaine d’artillerie Evan THOMAS avec un dĂ©tachement de 64 hommes, dont les Batteries A et K de la 4th. Artillery, et la Compagnie K de la 12th. Infantry, pour prendre position en hauteur d’oĂą ils devraient bombarder les Indiens. Bien que les officiers des patrouilles fussent tous des vĂ©tĂ©rans de la Guerre Civile, ils mĂ©prisèrent les procĂ©dures de base en matière de sĂ©curitĂ© et s’arrĂŞtèrent pour dĂ©jeuner au centre d’une embuscade montĂ©e par Scarface Charley. Lorsque Charley et ses 24 guerriers ouvrirent le feu, les soldats paniquèrent. La Compagnie E du Captain Thomas WRIGHT tenta de donner l’assaut contre les attaquants, mais le Capitaine fut tuĂ© et ses hommes mis en dĂ©route. Le Captain THOMAS rassembla vingt hommes dans un rĂ©duit, mais les Modoc gardèrent l’avantage et les tuèrent tous. Vers 03H00 de l’après-midi, Charley cria Â« Tout ce que ce qu’il vous reste Ă  faire, Ă  ceux d’entre vous qui ne sont pas encore morts, c’est de rentrer chez vous. Nous ne voulons pas vous tuer tous en un seul jour. Â» Puis il disparut avec ses Modoc. Bien qu’au courant de l’attaque subie par THOMAS, GILLEM Ă©tait convaincu que le corps expĂ©ditionnaire n’était pas en danger et n’envoya pas de relève avant la fin du jour. Après avoir tâtonnĂ© toute la nuit, les renforts atteignirent le champ de bataille le lendemain matin. L’armĂ©e avait perdu 23 morts, y compris THOMAs et tous ses officiers, et 19 blessĂ©s. La plupart des hommes avaient Ă©tĂ© touchĂ©s plus d’une fois, et l’un des soldats avait reçu vingt balles. Les Modoc avaient peut-ĂŞtre perdu un seul homme.

Le dĂ©sastre coĂ»ta sa place Ă  GILLEM. Le Colonel Jefferson C. DAVIS, un dur Ă  cuire vĂ©tĂ©ran de la Guerre Civile portant un nom bizarre, succĂ©da Ă  CANBY et prit lui-mĂŞme le commandement sur le terrain. Eh oui, bizarre et incongru, ce nom, mais ce n’est pas le Jefferson DAVIS qui fut PrĂ©sident des Etats ConfĂ©dĂ©rĂ©s pendant la Guerre de SĂ©cession, celui-lĂ  s’appelait Jefferson F. DAVIS et il ne reprit pas de service dans l’armĂ©e. A l’époque oĂą se passe cette histoire, l’ancien PrĂ©sident avait d’autres chats Ă  fouetter contre le Gouvernement des Etats Unis, et dirigeait une compagnie d’assurance.

Peu de temps après l’arrivĂ©e de DAVIS, les Modoc capturèrent un nouveau convoi d’approvisionnement de l’ArmĂ©e, blessant trois soldats de plus et continuant Ă  se faire mal voir. En rĂ©ponse, DAVIS envoya le Captain H.C. HASBROUCK avec la Batterie B du 4th. Artillery, montĂ©e et servant de cavalerie, les Compagnies B et G de la 1st. Cavalry et les Ă©claireurs de Warm Springs après les Modoc. HASBROUCK divisa ses forces, campant avec les compagnies de cavalerie sur les bords du Lac Sorass, oĂą les Modoc lancèrent une attaque surprise Ă  l’aube du 10 Mai. Bien que les Indiens fussent victorieux au dĂ©but, HASBROUCK rassembla ses hommes et, pendant que le Sergeant Thomas KELLY hurlait Â« Nom de Dieu ! il faut charger ! Â», contre attaqua et parvint Ă  les repousser. L’armĂ©e avait perdu trois morts et six blessĂ©s. Les Modoc, comme toujours, avaient donnĂ© plus qu’ils n’en avaient, ne perdant que Ellen’s Man. Par contre, ils perdirent leur intendance et la plupart de leurs munitions au profit des Ă©claireurs de Warm Springs, qui les attaquèrent au moment oĂą ils se retiraient. DĂ©moralisĂ© par cette dĂ©faite, Jack fut abandonnĂ© par Hooker Jim et les militants qui l’avaient poussĂ© Ă  tuer CANBY. A court de vivres et de munitions, leurs vĂŞtements en haillons et chassĂ©s par des soldats de plus en plus sĂ»rs d’eux-mĂŞmes, les Modoc commencèrent Ă  craquer. La bande de Hooker Jim se rendit le 22 Mai. Jim, Bogus Charley, Steamboat Frank et Shacknasty Jim se portèrent très vite volontaires pour traquer Jack pour le compte de l’armĂ©e. Ils le trouvèrent bientĂ´t. L’ironie de la reddition que lui demandaient ses anciens alliĂ©s, qui l’avaient eux-mĂŞmes poussĂ© donc ce combat inĂ©gal, ne fut pas perdue sur un Captain Jack en colère, lequel rejeta la proposition. Le temps travaillait pour le compte de l’armĂ©e, et les Modoc se rendirent par petits groupes, pendant toute la dernière semaine de Mai. La reddition ne signifiait pas forcĂ©ment la sĂ©curitĂ©, puisque quatre guerriers dĂ©sarmĂ©s furent tuĂ©s par les Vigilantes de l’Oregon. Jack, reconnaissant que Â« ses jambes le lâchaient Â», reconnut l’inĂ©vitable et capitula le 1er. Juin.

Le dĂ©sir qu’avait DAVIS d’exĂ©cuter sommairement les chefs Modoc fut frustrĂ© par des ordres de Washington de juger sommairement Captain Jack, John Schonchin, qui Ă©tait quelqu’un d’autre que le chef Old Schonchin, Slolux et Black Jim, pour l’assassinat de CANBY et de THOMAS. On accorda l’amnistie Ă  Hooker Jim et Ă  ses fauves pour les services qu’ils avaient rendu. Le procès, ou ce qu’il fut, eut lieu devant un tribunal militaire pendant que l’on montait un Ă©chafaud au dehors. Les Modoc accusĂ©s n’eurent pas d’avocat pour les dĂ©fendre et ils furent très vite reconnus coupables et condamnĂ©s Ă  ĂŞtre pendus. L’opinion publique nationale tourna très vite en faveur des braves et habiles soldats qui avaient combattu contre tous, pour le pays oĂą ils Ă©taient nĂ©s. En rĂ©ponse, le PrĂ©sident GRANT gracia Barncho et Slolux, des jeunes hommes qui n’avaient jouĂ© qu’un rĂ´le mineur dans les tueries. A 10H00 du matin le 3 Octobre 1873, après avoir, comme par humour noir, offert au prĂŞtre qui Ă©tait en charge vingt cinq chevaux et ses deux femmes s’il acceptait de prendre sa place, Jack et ses trois camarades furent exĂ©cutĂ©s. L’armĂ©e, en son honneur, refusa d’honorer les mandats d’arrĂŞt de l’Oregon pour un certain nombre de guerriers survivants. Le 12 Octobre 1873, 153 Modoc entraient sur le Territoire Indien, arrivant finalement Ă  la Quapaw Agency oĂą on leur donna pour une valeur de 524,40 $ en bois de construction de façon Ă  ce qu’ils pussent s’en faire des abris pour l’hiver. Au printemps, les rĂ©fugiĂ©s se dĂ©placèrent vers une rĂ©serve de 4000 acres. Tragiquement, l’adaptabilitĂ© des Modoc Ă  leur habitat ne s’étendit pas Ă  leur santĂ©. En 1879, il ne restait que 103 de ceux qui avaient Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s d’origine. Leur santĂ© Ă©tait minĂ©e Ă  la fois par la maladie et par les vols de leur agent, qui surpayait ses proches en rations et distribuait la plus grande partie de la nourriture quelque part d’autre pour son propre profit. S’il fallait dresser une liste des meilleurs guerriers AmĂ©ricains de toutes les races, les Modoc y auraient la première place, ou n’en seraient pas loin. OubliĂ©s depuis longtemps par la plupart des gens, Captain Jack, Scarface Charley et leurs guerriers, combinèrent l’habiletĂ© des Seminole Ă  utiliser le terrain, l’adresse tactique des Nez-Perce, et l’art de la guĂ©rilla des Apache. Les Modoc furent probablement de meilleurs tireurs que tous les autres. Jamais, avant cela ni depuis, si peu d’hommes n’ont fait, contre tant d’autres, tellement de choses avec si peu. VoilĂ , et tout çà Ă  cause de ce petit con de Lieutenant BOUTELLE qui avait tirĂ© le premier, presque un an et demi plus tĂ´t.

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