LA MORT DE « CHEVEUX JAUNES »

Traduction d’un article de Tom E. O’NEIL paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1993

 

C’était le 27 Juin 1876. La brume du petit matin se dissipait alors que les soldats du Général Alfred TERRY arrivaient dans la vallée de la rivière Little Big Horn. A cet endroit, deux jours plus tôt, Georges Armstrong CUSTER ainsi que deux cent dix hommes de son bien-aimé 7ème. U.S. Cavalry et sous son commandement, avaient rencontré leur destin. Au fur et à mesure que les hommes de TERRY avançaient sur le champ de bataille, ils découvraient des corps horriblement mutilés et le spectacle de ce qui avait du être un combat désespéré. Quand les soldats arrivèrent plus haut dans les collines, ils trouvèrent le corps de celui que la Guerre Civile avait rendu célèbre, le chef de la Guerre Indienne, mort à l’âge de trente six ans. On retrouva les restes de la « Fleur de l’Armée Américaine » éparpillés sur une surface que l’on pourrait appeler la zone de commandement, un petit promontoire en haut de ce qui est devenu « La Colline de la Dernière Position ». C’est là, aux côtés de celui de CUSTER, que l’on retrouva les corps de neuf hommes, dont son premier assistant, le Lieutenant William Winer COOKE, et son frère Thomas Ward CUSTER qui lui avait servi d’aide de camp pendant cette campagne. On retrouva le cadavre de CUSTER sur celui de deux cavaliers, le Chef Trompette Henry VOSS et le Porte-Drapeau le Sergent John VICTORY. VICTORY gisait face au ciel, le bras droit coupé à la hauteur de l’épaule. VOSS gisait en croix sur lui, face contre terre. CUSTER se trouvait entre les deux, presque nu, affaissé en position couchée. Seules ses hanches touchaient le sol, son bras gauche était étendu naturellement, et sa jambe droite reposait sur un autre corps couché à ses pieds. Son avant-bras droit était si contracté que son coude s’appuyait sur l’un des corps sur lequel il était couché. Sa tête pendait. On aurait vraiment cru qu’il était en train de faire une de ses fameuses siestes, mais il ne devait jamais se réveiller de ce sommeil-là. Le corps de CUSTER avait été dépouillé de ses vêtements, à l’exception de ses chaussettes de laine et de la cambrure de l’une de ses bottes. Il y avait deux blessures par balles sur le cadavre : l’une dans la tempe gauche, à mi-hauteur entre l’oreille et l’œil, et la deuxième traversait la cage thoracique juste sous le cœur. La mutilation du corps était faible en comparaison de la plupart des soldats qui avaient été horriblement défigurés. Une flèche avait été poussée dans son pénis et la cuisse gauche avait été lacérée au couteau, mettant l’os à nu. Son auriculaire droit avait été coupé, probablement pour récupérer son anneau de West Point. Le cadavre avait viré au noir sous l’effet de l’exposition au soleil, et le torse et l’estomac étaient gonflés par l’expansion des gaz qu’ils renfermaient. Des milliers de mouches tournaient autour du cadavre qui commençait déjà à pourrir. Bizarrement, au milieu de tout ce carnage, des témoins rapportèrent que son visage exprimait presque la paix, et qu’il ne laissait paraître aucune trace d’agitation. On a suggéré de déterrer le corps de CUSTER pour l’examiner avec des méthodes modernes et déterminer comment il mourut. CUSTER fut d’abord enterré dans une tombe peu profonde et une année passa avant que l’armée revînt sur les lieux et enterrât à nouveau les hommes. Il semble que le cadavre fut tiré de son trou par les loups et les coyotes. La troupe chargée du nouvel enterrement, dirigée par le Capitaine Michael SHERIDAN, frère du Général Phil SHERIDAN, ne fut même pas sûre d’avoir trouvé la bonne tombe. En toute connaissance de cause, les restes qui sont enterrés à West Point sont au mieux le crâne de CUSTER, une partie de la colonne vertébrale, et une poignée d’ossements plus petits.

A l’époque de sa mort, George Armstrong CUSTER avait le grade de Lieutenant Général, pas de Général. Comme beaucoup d’officiers, il avait gravi les échelons pendant la Guerre Civile. A l’âge de vingt quatre ans, CUSTER avait été nommé Major Général pour commander la Troisième Division de Cavalerie de l’Armée du Potomac. Ceci ferait de lui le deuxième des officiers supérieurs les plus jeunes de l’Histoire, une distinction qu’il tient toujours. Seul le Marquis de Lafayette, lors de la Guerre de la Révolution, était plus jeune que lui. A la fin de la Guerre Civile, tous les officiers brevetés reprirent leur rang normal dans l’armée. Encore Major Général, CUSTER avait été envoyé au Texas pour combattre éventuellement contre les Français au Mexique. Au Texas, CUSTER se vit notifier qu’il avait été relégué à son rang normal de Capitaine. Il ne s’agissait pas là d’une punition, mais d’une pratique militaire courante en ces temps-là. En un rien de temps, CUSTER fut promu Major, puis Lieutenant Colonel. On n’avait encore pratiquement jamais vu ce genre de promotion à l’époque et elle en dit beaucoup sur la confiance que les supérieurs de CUSTER plaçaient en lui.

 

En fait, CUSTER n’était pas le vrai commandant officiel du tout nouveau 7ème. U.S. Cavalry. Ce poste était occupé par un certain Colonel SMITH, puis par un Colonel STURGIS, dont le fils allait d’ailleurs mourir avec CUSTER. Le Général SHERIDAN gardait toujours ces Colonels loin du 7ème. Cavalry lorsque celui-ci était en campagne. C’est pourquoi CUSTER était, en mission, considéré comme le vrai commandant du 7ème. Pour le public, le 7ème. était « Celui de CUSTER. »

 

Les années passant, beaucoup de légendes ont crû sur la vraie cause de la mort de CUSTER, certaines d’entre elles sortant tout droit d’Hollywood. Nous allons essayer de retracer tous ses gestes et tenter de montrer comment CUSTER mourut probablement, et quand. La cause exacte de la mort de CUSTER restera un mystère éternel. Ce n’est rien d’autre que l’un de tous ces puzzles formant ce Dimanche de Juin 1876, l’année où la nation célébrait son centenaire. Si l’on veut étudier la nature de sa mort, il faut en même temps prendre en compte tous les endroits où elle eût pu avoir lieu. Parmi toutes les théories sur l’endroit où CUSTER est mort, on a : il a été tué par l’un des éclaireurs Indiens avant que l’unité fût vraiment engagée dans la bataille ; il a été tué par une balle Indienne à l’endroit où le canyon Medecine Tail Coulee donne sur la Little Big Horn River ; il a été tué en haut des collines s’éloignant de Calhoun Hill ; ou il a été tué sur la « colline de la Dernière Position ». Dans les « tueurs » de CUSTER on trouve, mis à part l’éclaireur mentionné précédemment, ou les éclaireurs, certains Indiens, son frère Tom, ou d’autres officiers. Certains suggèrent qu’il mourut de sa propre main. Beaucoup de ces scénarios de mort, à cause de leur côté « sensationnel », ont trouvé leur voie dans des publications prestigieuses. Malheureusement, peu d’entre elles constituent des preuves de ce qui s’est vraiment passé. Depuis 1876, chacun de ces scénarios de mort a eu ses champions, et en analyse finale, chacun d’eux mérite un peu de crédibilité puisque la vérité ne sera jamais connue. Mais un peu de travail de détective permettra de mieux comprendre le mystère, à défaut d’arriver à une conclusion certaine.

 

Il y a très peu de preuves que CUSTER pût être tué plus tôt ou près de Cedar Coulee, ou même un peu après, là où le Medecine Tail Coulee donne sur la rivière. Cette version de la mort de CUSTER ressemble plus à de la fiction qu’à une sérieuse investigation historique et/ou militaire. D’après ce que nous savons des mouvements militaires ce jour-là, l’éventualité d’une blessure ou d’une mort prématurées de CUSTER reste assez faible. Par exemple, David H. MILLER raconta que l’Indien White Cow Bull prétendit en 1938 avoir tué un homme vêtu de peau à l’embranchement du Medecine Tail Coulee, et que la monture de sa victime avait quatre « chaussettes » blanches, tout comme Vic, le cheval sur lequel était monté CUSTER lors de la bataille. Il est vraiment extraordinaire que la mémoire de cet Indien fût restée aussi vive soixante deux ans après le peu de temps que dura cette action à cet endroit-là. Il faut prendre en considération deux états de fait importants. Le premier, c’est que plus tôt dans la journée, CUSTER avait enlevé sa veste de peau et avait mis sa chemise bleue. Avec une température ambiante tournant autour de 90°, soit + 32,22 ° C, et une saturation en vapeur d’eau en rapport avec cela, il est hautement improbable qu’il ait remis sa veste depuis. Le deuxième, c’est que si White Cow Bull était vraiment là, dans un air chargé de fumée et de poussière, il devait être lui-même en train de courir de tous les côtés pour éviter qu’on lui tire dessus. En gardant cette situation à l’esprit, il est plutôt difficile de croire que quelqu’un pût se souvenir de la couleur des chaussettes d’un cheval qu’il voyait de l’autre côté de la rivière. Une autre théorie dit que CUSTER fut abattu par un éclaireur Indien félon. Cette histoire est presque aussi vieille que la bataille elle-même. Elle a été exploitée au point de désigner l’éclaireur Mitch BOUYER. La légende selon laquelle BOUYER était de connivence secrète avec les hostiles parce qu’il était demi-sang eut sa ration de gloire dans la presse, mais elle ne résiste pas non plus à l’analyse. Premièrement, il n’y a aucune raison pour laquelle BOUYER ou tout autre éclaireur eût pu tuer CUSTER. A quoi cela aurait-il servi ? Et imaginer une situation où CUSTER ou ses officiers autour de lui eussent pu regarder calmement l’un ou l’autre des éclaireurs sorte son arme et lui tire dessus, est plutôt tiré par les cheveux. Si BOUYER ou tout autre éclaireur avaient fait ça, il aurait été abattu sur le champ, et le corps du meurtrier, ou de celui qui aurait essayé de le devenir, aurait été retrouvé à cet endroit. Avant l’engagement final, CUSTER libéra tous les éclaireurs de leur service sauf BOUYER lui-même, et les éclaireurs quittèrent la zone des combats et vécurent jusqu’à des âges avancés. Le corps de BOUYER fut retrouvé à des miles de l’endroit où il aurait tué CUSTER.

L’autre histoire sur un CUSTER blessé aurait eu lieu le long de la zone de bataille après qu’il eût quitté Calhoun Hill. Il faut réfléchir sur les raisons pour lesquelles le régiment dut manœuvrer à Calhoun Hill comme il l’a fait. Selon toute probabilité, lorsque CUSTER y arriva depuis la colline de Nye-Cartwright Ridge, il en avait assez d’attendre le Capitaine Frederick BENTEEN comme l’autre le lui avait proposé directement. Plus tôt dans la journée, BENTEEN avait été envoyé en éclaireur vers le Sud avec deux compagnies pour observer les Indiens et les empêcher de se sauver. Lorsque CUSTER trouva finalement le village principal, il envoya un ordre à BENTEEN qui disait : « BENTEEN, revenez. Grand village. Faites vite. Apportez les bagages. W.W. COOKE. P.S. Apportez les bagages ». CUSTER donnait là au Capitaine l’ordre exprès de revenir aussi vite que possible, en apportant avec lui la logistique qui incluait les réserves de munitions pour le régiment. L’ordre était signé de l’adjoint de CUSTER, William Winer COOKE, un officier né au Canada qui avait servi pendant la Guerre Civile. BENTEEN semble s’être déplacé à la vitesse d’un singe paresseux alors qu’un trot ou un galop s’imposaient, et n’apporta pas non plus les réserves de munitions. En fait, il ne répercuta jamais l’ordre de CUSTER au train ! Au lieu de cela, BENTEEN rejoignit le Major Marcus RENO sur le haut d’une colline à plus de quatre miles de l’endroit où CUSTER se battait. RENO lui-même avait reçu l’ordre de charger les Indiens, mais au lieu de cela et rencontrant peu d’opposition de l’ennemi, fit mettre pied à terre par ses hommes juste en dehors du village. De là, il emmena ses soldats dans une forêt proche, puis suivit un chemin dans la vallée, traversa la rivière, et remonta les flancs de la colline, de l’autre côté de la rivière. CUSTER décida qu’il ne pouvait pas attendre BENTEEN plus longtemps. Si l’on voulait obtenir la victoire, les unités devraient aller jusqu’à l’intérieur du village même. Sans la capture du camp ennemi, il n’y aurait aucune chance de gagner, ou peut-être même de garder le commandement. Pour Georges Armstrong CUSTER, les concepts d’attaque et de victoire ne faisaient qu’un. Il est étonnant que, l’une des rares fois dans sa carrière militaire, CUSTER ait montré autant de patience jusque là. Peut-être trop de patience. Cependant, des mouvements de troupes furent délibérément ordonnés depuis Calhoun Hill, et ce n’est sûrement pas un CUSTER blessé qui aurait ordonné d’aller en avant. La nature de sa blessure au thorax l’aurait rendu incapable de faire quoi que ce soit, et le commandement serait passé au Capitaine Miles KEOGH. On ne peut imaginer que KEOGH eût pu ordonner d’aller en avant avec un CUSTER blessé. En fait, ce cas de figure dépasse le possible car il ne correspond pas avec les circonstances. Il est ridicule de croire que KEOGH aurait fait traîner avec lui, sur un champ de bataille où l’action rapide s’imposait, un CUSTER mort pour le déposer beaucoup plus loin, là où son corps fut retrouvé. En plus de cela, si KEOGH avait été obligé de prendre le commandement, le premier adjoint, le lieutenant COOKE, aurait été retrouvé mort à côté de lui ou pas loin. On retrouva COOKE avec CUSTER. Cet état de fait force à penser que CUSTER était vivant lorsqu’il mena ses hommes à « Last Stand Hill », la colline de la dernière position ou, comme elle est parfois appelée, « Custer’s Hill », la colline de Custer. C’est donc un CUSTER bien vivant qui menait trois de ses cinq troupes jusqu’à l’endroit où on le retrouva, les hommes de KEOGH et de CALHOUN restant derrière pour protéger les flancs. La « Colline de la Dernière Position » est le point le plus élevé de cette zone et surplombe le village Indien. Vers la fin de la bataille, cet endroit fut choisi pour des raisons de défense. Il semble que, juste après avoir quitté Calhoun Hill, CUSTER perdit toute possibilité d’agir indépendamment. En termes de militaire, il était « engagé de manière décisive ». Ce qui veut dire qu’il ne pouvait plus agir de sa propre initiative, sauf répondre aux mouvements des Indiens. Une fois à cet endroit, les hommes de CUSTER ne pouvaient plus rien faire d’autre qu’attendre la mort, puisque RENO et BENTEEN refusaient de quitter leur position relativement sécurisée, bien qu’entendant les coups de feu qui venaient de la position de CUSTER. C’est là que CUSTER tomba, sur « Command Hill » tout en haut de « Last Stand Hill ». C’est là qu’il faut pondérer sur la théorie du suicide, sinon pour sa logique, au moins pour l’attention qui lui a déjà été portée. On a vu que seules deux blessures ont été observées sur le corps de CUSTER. Comme la blessure à la tête se trouvait du côté gauche de la tempe, le suicide peut être écarté. CUSTER était droitier, et un droitier ne tente pas de se suicider en mettant un pistolet sur le côté gauche de la tête. Cela aurait été extrêmement difficile et il n’y a pas de garantie de mort instantanée avec un coup. D’après ce que l’on sait sur sa personnalité, il ne semble pas que CUSTER se soit suicidé. Le suicide ne correspond pas avec la nature de l’homme, dont même ses ennemis disaient qu’il ne connaissait pas la peur.

 

Par-dessus tout, CUSTER était un homme de son temps et il avait la nature d’un guerrier romantique. Bien qu’il eût vu d’autres mourir dans les mains des Indiens, la mort de sa propre main aurait été totalement contraire à sa philosophie. Il est plus vraisemblable que la blessure sur le côté gauche du thorax fut la première insulte à son corps. Il n’y a pas de raison pour qu’elle ait été faite après le coup dans la tête. Cette blessure au thorax, bien que probablement pas mortelle tout de suite, aurait gravement handicapé le côté gauche du corps, rendant tout mouvement du bras gauche extrêmement douloureux, sinon impossible. Ceci exclut le coup de feu dans la tête en utilisant la main gauche, et transforme une balle dans la tempe gauche avec la main droite en quasi impossibilité. Dans l’éventualité où CUSTER eût pointé un pistolet sur sa tempe, n’importe quel coup aurait laissé deux marques. D’abord, il y aurait eu les brûlures de la poudre, de grosses brûlures. Ensuite, ce grand coup dans la tête aurait arraché une partie de la boîte crânienne. Aucune de ces conditions ne fut observée sur le corps. Il semblerait donc que le suicide, en considérant les perspectives apportées par sa personnalité et les lois de la physique, n’est pas probable. Qu’en est-il alors de son frère ou d’un autre officier qui aurait abattu le commandant d’un coup de feu pour lui éviter la capture et la torture ? Ceux qui ont étudié les personnalités et les relations de ces frères pensent que c’est presque impossible à croire, et la théorie n’est appuyée d’aucune preuve. N’importe quel coup tiré à bout portant, que ce soit par Tom CUSTER ou un autre officier, aurait laissé les mêmes traces que s’il l’avait fait lui-même : de grosses brûlures ou une partie du crâne arrachée. Et un officier qui lui aurait tiré dessus depuis plus loin ? A cause de la fumée, de la poussière, de la confusion et de l’intensité de la bataille, les chances que cette hypothèse soit vraie sont minimes. On peut tirer de ces faits quelques conclusions, qui ont plus de mérite que toute autre faite à ce jour. D’abord, CUSTER a probablement été blessé au thorax à, ou près de, « Last Stand Hill ». On ne saura jamais à quel degré d’incapacité, mais il est probable que ce fut un coup perdu ou un coup heureux, car il est connu que les Indiens tiraient mal. Les dernières études archéologiques faites sur le champ de bataille indiquent que quatre vingt dix pour cent des soldats avaient été blessés et étaient encore vivants lorsque le combat prit fin. C’est un fait qui revient tout le temps lors des combats dans l’histoire. Ces blessés furent tués plus tard, beaucoup par les femmes et les enfants qui se déplaçaient avec les guerriers. A ce moment-là, CUSTER, s’il n’était pas déjà mort, fut tué par un Indien depuis une distance où un coup fatal n’aurait pas laissé de traces de poudre brûlée. A six heures le soir du 25 Juin 1876, George Armstrong CUSTER était mort des suites de la bataille. Ce qu’il avait cherché toute sa vie était maintenant à lui : une gloire éternelle et immortelle. Moi, je dis que cet amerloque peut se tromper, car les cavaliers de l’époque, bien que droitiers, utilisaient toujours le pistolet de la main gauche, la main droite étant celle qui tenait le sabre, plus noble. Au corps à corps, continuant à se défendre de la main droite dans laquelle il tenait son sabre, il peut très bien s’être tiré une balle dans la tête avec la main gauche. L’auteur invoque la peur en l’associant au suicide. Mais le suicide dans une telle bataille n’est pas forcément un signe de peur. Il peut très bien vouloir dire aussi « Vous ne m’aurez pas vivant, bande de macaques ! Ah, vous voulez me torturer ? Eh bien, regardez un peu ce que j’en fais, moi, de votre canoé-kayak ! » J’imagine très bien un Indien qui lui enfonce sa lance dans le cœur juste après pour dire qu’il a tué le grand chef « Cheveux Jaunes » et s’en vanter ensuite auprès des autres guerriers, ou simplement de rage parce que l’autre est parti voir le Grand Esprit avant qu’on ne lui donne son billet. Mais, lorsqu’on sait comment ça crache les flammes, un revolver qui tire de la poudre noire, on aurait du remarquer que la tempe de ce monsieur était brûlée tout autour du trou fait par la balle. Comme les corps étaient mutilés, noircis, gonflés, très probablement maculés de sang partout et déjà en décomposition, bonjour d’odeur et le bruit des mouches, il n’est pas impossible que les témoins qui ont ensuite décrit ce qu’ils ont vu, des militaires et pas des médecins chargés d’un autopsie en règle, ne se soient pas trop attardés sur les détails et qu’ils aient négligé de signaler les brûlures. Quant à l’histoire où la moitié de la tête aurait dû partir avec le coup, c’est pas évident. On a vu des photographies de l’époque avec des bandits criblés de trous faits par des balles de .44, dont plusieurs dans la tête, et la boîte crânienne a tenu bon. N’éliminons pas la thèse du coup de revolver tiré de plus loin que le canon sur la tempe, par un collègue pour lui éviter la honte de la capture où il aurait été exhibé de partout, ce grand chef Blanc qui voulait notre mort et qu’on a enfin vaincu, et bien entendu la torture, longue et douloureuse pour bien le faire souffrir, ce salaud qui disait partout qu’un « bon Indien est un Indien mort ». Ca collerait bien. Mais un coup de lance perdue dans le thorax qui le fait crever en dernier, puis un coup de carabine Indienne dans la tête depuis dix mètres, ça collerait aussi…