Le bon vieux Springfield 1842

LE BON VIEUX SPRINGFIELD 1842

Traduction d’un article de W. AUSTERMAN paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1986

Demandez Ă  tout groupe de collectionneurs d’armes ou d’historiens quelle fut l’arme qui exerça le plus d’influence sur le cours de la Guerre Civile, et la grande majoritĂ© citera sans aucun doute la carabine Spencer Ă  cause de sa fameuse puissance de feu et son rĂ´le important lors des victoires dĂ©cisives de l’Union comme Gettysburg et Nashville. Quelques-uns uns de ceux qui rĂ©flĂ©chiront un peu plus, ou ceux qui voudront installer la polĂ©mique, ne seront pas d’accord et dĂ©signeront le fatidique petit Deringer de gros calibre de John Wilkes BOOTH comme l’arme qui dĂ©cida de l’issue finale du triomphe de l’Union sur le Sud. Mais on peut Ă©galement avancer qu’il serait mieux de discuter sur une arme conçue pour un conflit plus ancien, dĂ©passĂ©e bien avant les premiers coups de feu qui ont saluĂ© l’aube sur Fort Sumter. Le mousquet Springfield Modèle 1842 n’a sĂ»rement pas tirĂ© les coups de feu qui eurent le plus d’influence dans la bataille. Mais si ces coups n’ont pas dĂ©cidĂ© de l’issue du conflit, il n’y a pas de doute qu’il y ont Ă©tĂ© pour quelque chose sur le long chemin d’agonie que les deux camps suivirent jusqu’à Appomattox. Ce ne fut qu’une autre de ces ironies du sort impliquĂ©es dans une guerre voyant pour la première fois une utilisation intensive de canons rayĂ©s dans l’artillerie et les armes lĂ©gères, de mitrailleuses et d’armes Ă  rĂ©pĂ©tition se chargeant par la culasse, qu’un mousquet Ă  canon lisse ait eu autant d’impact sur le cours de Ă©vènements.

Entre 1843 et 1855, on produisit quelques 275 000 de ces armes Ă  percussion en calibre .69 aux arsenaux de Harper’s Ferry et de Springfield. Une arme d’épaule pour le moins encombrante avec son poids de neuf livres et mesurant presque cinquante huit pouces de long, le modèle 1842 fut la première arme Ă  percussion, et la dernière Ă  canon lisse, produite pour les rĂ©giments d’infanterie de l’U.S. Army. Le modèle 1842 connut le service pendant la Guerre du Mexique, dotant les troupes rĂ©gulières, bien que beaucoup de rĂ©giments de volontaires eussent du se contenter des mousquets Ă  silex du modèle plus ancien. Comme le remarque le Lieutenant Ulysses S. GRANT : Â« L’infanterie sous les ordres du GĂ©nĂ©ral TAYLOR Ă©tait armĂ©e de mousquets Ă  silex et de cartouches en papier chargĂ©es de poudre et de balles ou de chevrotines. A la distance de quelques centaines de yards, un homme pouvait vous tirer dessus toute la journĂ©e sans que vous vous en rendiez compte. Â» L’arme Ă  percussion dĂ©trĂ´na vite le « culbuteur de citrouilles Â» Ă  silex Ă  la fin de la guerre, et le modèle 1842 rendit encore indiffĂ©remment des annĂ©es de service sur la frontière Ă  l’Ouest. Dans une compagnie d’infanterie moyenne, un coup sur six pouvait toucher une cible de la taille d’un homme Ă  cent yards sur le stand Ă  l’entraĂ®nement. En Juillet 1855, le SecrĂ©taire Ă  la DĂ©fense Jefferson DAVIS reconnut l’obsolescence du mousquet et ordonna que l’on fabriquât et distribuât une nouvelle gĂ©nĂ©ration de fusils Ă  canon rayĂ© utilisant la balle conique Minie. Les rĂ©giments de ligne furent enfin Ă©quipĂ©s d’une arme possĂ©dant une vĂ©ritable prĂ©cision Ă  longue distance.

Dans toute la nation, les vieilles armes furent gardĂ©es en stocks de rĂ©serve, Ă  la fois dans les armureries fĂ©dĂ©rales et dans celles d’état. Lorsque Ă©clata la Guerre Civile en Avril 1861, environ 213 000 fusils Modèle 1842 se trouvaient encore sur les râteliers entre le Massachusetts et la Californie. Ce furent les armes longues les plus facilement disponibles lorsque l’on se mit Ă  se tirer dessus de part et d’autre, et dans les premiers mois frĂ©nĂ©tiques de la guerre, les recrues s’estimaient chanceux si on leur attribuait l’un de ces « canon lisse Ă  percussion Â», en comparaison avec les anciens fusils Ă  silex qui Ă©taient Ă©galement distribuĂ©s. Le Nord jouissait d’une supĂ©rioritĂ© Ă©crasante sur le Sud en matière de capacitĂ© industrielle, mais cela allait prendre du temps avant de pouvoir le sentir. Au printemps de 1861, beaucoup de rĂ©giments de l’Union portaient le Modèle 1842 Ă  l’épaule. Parmi eux, on cite des unitĂ©s comme le 3ème. Connecticut, le 9ème. Massachusetts, le 8ème. et le 41ème. New York, et le 4ème. Volontaires d’Infanterie du Michigan. Jusqu’en Juillet 1863, le 12ème. New Jersey fit face aux charges de PICKETT Ă  Gettysburg avec ses Modèles 1842, et tira des volĂ©es foudroyantes de balles et de chevrotines dans les rangs des gris avec des effets significatifs. La situation Ă©tait pratiquement la mĂŞme du cĂ´tĂ© de la ConfĂ©dĂ©ration. Au printemps de 1861, les armureries du Sud comptaient un total de 78 931 Modèles 1842. Sur ce nombre, 1557 ont Ă©tĂ© comptabilisĂ©s comme rayĂ©s et Ă©quipĂ©s d’une hausse rĂ©glable vers 1850.

La grande majoritĂ© des armes d’épaule tirait donc un projectile sphĂ©rique de 414 grains dans un canon lisse, avec une charge de 130 grains de poudre noire. La gigantesque balle faisait de la lumière dans tout ce qu’elle touchait, si elle touchait quelque chose aux distances de combat… En plus des mousquets de Springfield et de Harper’s Ferry, les Rebelles disposaient aussi de versions de l’arme fabriquĂ©es localement. Entre 1852 et 1853, pendant une pĂ©riode oĂą les relations entre l’état et le gouvernement national commençaient dĂ©jĂ  Ă  s’envenimer, l’armurerie Palmetto de Columbia, en Caroline du Sud, produisit 6000 copies du Modèle 1842, très proches de l’original. MalgrĂ© l’importation d’une grande quantitĂ© d’armes depuis l’Europe, et la rĂ©cupĂ©ration de milliers d’autres sur les champs de bataille, la ConfĂ©dĂ©ration continua Ă  doter le Modèle 1842 comme arme d’ordonnance standard. Au fur et Ă  mesure que le temps passait, les Sudistes se rendirent de plus en plus compte qu’ils Ă©taient en dĂ©savantage lorsqu’ils Ă©taient confrontĂ©s aux troupes de l’Union.

Avec Ă  sa tĂŞte le GĂ©nĂ©ral Josiah GORGAS, le DĂ©partement de l’Equipement Militaire de la ConfĂ©dĂ©ration du Sud, le C.S. Ordnance Department, plein d’imagination et de ressources, prit note du problème et essaya de trouver un remède Ă  l’imprĂ©cision du canon lisse. Le Lieutenant-Colonel William LeRoy BROUN, commandant l’arsenal de Richmond Ă  partir de 1863, relate comment les penseurs de l’administration conclurent qu’il serait plus facile de changer le type de munition en dotation, que de rappeler tous les canons lisses et les faire rayer. Â« L’idĂ©e Ă©tait de tirer un projectile allongĂ© composite, fait de plomb et de bois dur, ou de papier-mâchĂ©, avec une tĂŞte en forme de fer de lance et un corps de plomb Â» se rappela BROUN plus tard. Â«  Le corps serait contenu dans un sabot creux en bois ou en papier-mâchĂ©. Â» La nouvelle balle Ă©tait conçue sur de solides bases thĂ©oriques. Â« Au dĂ©part du coup, le matĂ©riau plus lĂ©ger, se dĂ©plaçant plus vite, ferait ressortir la tĂŞte pointue et Ă©liminerait ainsi la traĂ®nĂ©e Â» prĂ©tendait BROUN Â« et le vol de la trajectoire serait le mĂŞme que celui d’une flèche, sans basculer sur le plus petit axe, comme si le centre d’inertie du projectile Ă©tait en avant du centre de rĂ©sistance Ă  l’air. En tous cas, c’était la thĂ©orie du projectile composite conçu pour le vieux mousquet Ă  canon lisse. Â» Ben mon vieux, çà c’est fort. Je connais le centre de gravitĂ©, mais le centre de rĂ©sistance de l’air… Boum, et le petit bout pointu sort de son prĂ©puce, comme sur une bite de chien. Je croyais que des hydrocĂ©phales, il n’y en avait qu’en France, mais je vois qu’il y en avait aussi Ă  l’époque chez ces braves Sudistes ! On Ă©labore une thĂ©orie tellement fantaisiste et tirĂ©e par les cheveux compte tenu d’une Ă©poque oĂą l’aĂ©rodynamique n’était mĂŞme pas encore une science comme elle l’est aujourd’hui, sans parler des complications induites pour la fabrication massive de ces nouvelles balles qui auraient du voler, que les sous-idiots d’en face n’y comprendront rien, et le soldat moyen n’aura qu’à Ă©couter aveuglĂ©ment son chef qui lui rĂ©pĂ©tera bĂŞtement comment que ça marche bien, ces nouveaux trucs qu’on nous donne, maintenant ! Il n’y a pas de traces de production ni de dotation en service de cette balle exotique, mais le concept de base Ă©tait très proche de celui des munitions modernes Ă  sabot utilisĂ©es pour percer les blindages et destinĂ©es aux canons Ă  haute vitesse armant les chars. PrĂ©cis ou pas, le canon lisse vit le feu dans les rangs des gris. L’arsenal d’Augusta, Georgia, contenait 12 380 Modèles 1842 au moment de la sĂ©cession, et beaucoup de rĂ©giments d’état furent dotĂ©s de la vieille arme lorsqu’ils furent rassemblĂ©s pour le service.

Les hommes du 14ème. Georgia Infantry apprirent Ă  manipuler et Ă  tirer en volĂ©es avec les anciennes reliques avant de marcher au combat sous les ordres du GĂ©nĂ©ral Robert E. LEE et sa lĂ©gendaire ArmĂ©e du Northern Virginia. Les GĂ©orgiens suivaient le Colonel R.W. FOLSOM en tant que partie d’une brigade formĂ©e par d’autres rĂ©giments de l’état, au moment oĂą l’armĂ©e de LEE se heurta Ă  une force FĂ©dĂ©rale commandĂ©e par le pompeux GĂ©nĂ©ral John POPE. Par un pluvieux 1er. Septembre de 1862, des Ă©lĂ©ments des deux armĂ©es ennemies se rencontrèrent près du petit hameau de Chantilly en Virginie. Les Rebelles se dĂ©ployèrent devant un petit relief connu sous le nom d’Ox Hill, la Colline du BĹ“uf, et tinrent la ligne contre les tuniques bleues qui attaquaient. Le Brigadier GĂ©nĂ©ral Isaac STEVENS saisit l’étendard d’un rĂ©giment de New York et mena ses hommes Ă  l’assaut. Les Yankees chargèrent en avant Ă  travers une pluie aveuglante, et ils Ă©taient sur le point de percer les positions GĂ©orgiennes quand une volĂ©e brĂ»lante partie de leurs mousquets stoppa net leur avance et laissa STEVENS Ă©tendu dans la boue, avec un trou bĂ©ant dans la tĂŞte. HĂ©ros de la Guerre du Mexique et anciennement gouverneur du Territoire de Washington, STEVENS Ă©tait un personnage populaire dans le Nord, et sa mort horrifia toute la division qu’il commandait durant la bataille de Chantilly.

Les Yankees, secouĂ©s, se retirèrent et se rassemblèrent Ă  distance des ConfĂ©dĂ©rĂ©s, pendant que les renforts arrivaient sur le terrain. La division du Major GĂ©nĂ©ral Philip KEARNY commença Ă  regarnir les rangs, et l’officier impĂ©tueux chercha immĂ©diatement Ă  frapper les Rebelles en retour. KEARNY Ă©tait une sorte de lĂ©gende dans l’ArmĂ©e de l’Union Ă  l’époque. Avocat millionnaire, il avait quittĂ© le barreau pour devenir un soldat professionnel. Cavalier nĂ©, il avait servi comme observateur avec les Français en Afrique du Nord, et perdu un bras au cours d’une action hĂ©roĂŻque pendant la Guerre du Mexique. Le GĂ©nĂ©ral Wilfried SCOTT disait de lui Â« C’était l’homme le plus brave que j’aie jamais connu, et un parfait soldat. Â» Le « parfait soldat Â» Ă©tait courageux Ă  l’extrĂŞme, et ce dĂ©faut le rattrapa sous la pluie sombre ce soir-lĂ  Ă  Ox Hill. Il donna des Ă©perons et fonça vers le front en ordonnant Ă  un rĂ©giment du Massachusetts de le suivre Ă  l’attaque. Les New Englanders pataugèrent en avant dans les restes dĂ©trempĂ©s d’un champ de maĂŻs alors que le crachement du feu jaillit des rangs ConfĂ©dĂ©rĂ©s. Comme les hommes d’infanterie hĂ©sitaient et le prĂ©vinrent qu’il y avait toute une division de dĂ©ployĂ©e dans la forĂŞt juste en face, KEARNY se mit en colère et fonça en avant sur son cheval pour les pousser Ă  le suivre, sinon ils auraient eu honte. On pouvait discerner des silhouettes dans l’ombre pendant que le GĂ©nĂ©ral approchait des bois. Le Simple Soldat L.G. PERRY du 14ème. Georgia faisait partie de ceux qui attendaient en embuscade lorsque le rĂŞche accent New-Yorkais de KEARNY se fit entendre avec cette question impĂ©rieuse Â« Qui est-ce qui vous commande, lĂ  ? Â» Une voix traĂ®nant de GĂ©orgien rĂ©pondit en lui demandant de se rendre. KEARNY fit faire demi-tour Ă  sa monture et lui planta ses Ă©perons dans les flancs. Il se mit debout dans les Ă©triers et se pencha presque horizontalement sur la selle, en lançant son cheval en avant. Le Simple Soldat PERRY leva son Modèle 1842 et laissa le chien retomber sur la capsule. La balle jaillit dans une gerbe de flammes oranges, s’engouffra dans le tube digestif de KEARNY et finit dans l’abdomen. KEARNY Ă©tait mort avant que son corps ne glissât de la selle. Avec deux gĂ©nĂ©raux de perdus et dix pour cent des forces totales de tuĂ©s ou de blessĂ©s, les hommes de l’Union se contentèrent de laisser se finir la bataille toute seule, les deux principales armĂ©es terminant une campagne qui avait dĂ©jĂ  vu une amère dĂ©faite infligĂ©e aux forces de POPE. L’armĂ©e de LEE restait dĂ©fiante, prĂŞte Ă  assĂ©ner un autre coup Ă  l’ennemi, lequel pleurait Ă  prĂ©sent deux personnages populaires Ă  cause des antiques canons lisses portĂ©s par les GĂ©orgiens Ă  Chantilly.

Huit mois plus tard, les Sudistes faisaient face Ă  une nouvelle invasion Nordiste quand le GĂ©nĂ©ral Joseph HOOKER mena l’ArmĂ©e du Potomac de l’autre cĂ´tĂ© de la rivière Rappahannock, dans un vaste mouvement pour capturer Richmond. Son corps d’armĂ©e marchait Ă  travers un sombre enchevĂŞtrement de broussailles et sur d’étroit sentiers sinueux, appelĂ© « La Jungle Â» par les Virginiens. HOOKER ramena son armĂ©e en arc de cercle s’incurvant Ă  l’ouest et au sud, autour d’un village appelĂ© Chancellorsville, pendant que LEE remontait rapidement en marchant le long de la rivière pour le rencontrer. Les ConfĂ©dĂ©rĂ©s alignaient Ă  peine 60 000 hommes et HOOKER 134 000, mais lĂ , le destin Ă©tait avec eux. L’un des corps d’armĂ©e de LEE Ă©tait dirigĂ© par le GĂ©nĂ©ral Thomas J. « Stonewall Â», le « Mur de Pierre Â», JACKSON. L’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, il avait vaincu cinq armĂ©es Yankees dans la vallĂ©e du Shenandoah après une marche forcĂ©e, et jetĂ© la panique dans Washington D.C. avant de foncer vers le sud pour rejoindre LEE dans la dĂ©fense victorieuse de Richmond. A prĂ©sent, JACKSON Ă©tait sur le point de couronner le coup de maĂ®tre de sa carrière dĂ©jĂ  lĂ©gendaire. Quelque part au milieu des pins cachĂ©s, Ă  l’ouest des croisements menant Ă  Chancellorsville, il avait un double rendez-vous avec l’immortalitĂ© et le mousquet Modèle 1842. Après une hâtive rĂ©union le soir du 1er. Mai 1863, LEE et JACKSON mirent en action leur plan audacieux pour freiner l’élan de l’avance de HOOKER. Pendant que LEE emmenait avec lui une petite partie de l’armĂ©e de façon Ă  crĂ©er une diversion sur l’avant de HOOKER, JACKSON et 28 000 hommes s’élançaient vers le sud et l’ouest dans une longue marche forcĂ©e qui les amena juste contre le flanc exposĂ© de l’ArmĂ©e de l’Union Ă  la fin de l’après-midi du 2 Mai. Les hommes de JACKSON s’élancèrent dans le crĂ©puscule en hurlant, des Ă©clairs scintillant au bout de leurs fusils tout le long de leur ligne, pour piquer en avant dans les ombres Ă  l’est, comme l’auraient fait des fers de lance. CĂ , si ce n’est pas une charge Ă  la baĂŻonnette dans les lueurs rouges et grises du crĂ©puscule, je m’en mords le chinois. Brandissant au dessus d’eux leurs bannières rouges en lambeaux, ils s’abattirent sur l’ennemi avec un tel Ă©lan que le 11ème. Corps de l’Union fut bientĂ´t transformĂ© en une foule paniquĂ©e. A la tombĂ©e de la nuit, l’armĂ©e de HOOKER s’était repliĂ©e sur elle-mĂŞme comme un canif Ă  moitiĂ© fermĂ©, et les obus de l’artillerie ConfĂ©dĂ©rĂ©e pleuvaient sur son quartier-gĂ©nĂ©ral Ă  Chancellorsville.

JACKSON savait que l’aube pourrait bien rapporter la victoire finale sur l’ennemi, mais il lui fallait d’abord calmer la confusion et la dĂ©sorganisation qui avaient naturellement accompagnĂ© l’assaut de ses troupes. Alors que l’obscuritĂ© s’installait, il fit avec son Ă©tat-major le tour du front pour remettre de l’ordre et donner de nouvelles instructions pour l’action du lendemain matin. JACKSON avait hâte de mettre en place la division de choc du GĂ©nĂ©ral A.P. HILL pour la nouvelle attaque, et il s’élança en avant sur son cheval, cherchant son chemin Ă  travers les lignes pour atteindre son poste de commandement. Il Ă©tait vingt et une heure ce soir-lĂ  et la pleine lune brillait Ă  travers les reflets pourpres des feux et des fumĂ©es de poudre noire, quand JACKSON et ses aides repĂ©rèrent les postes avancĂ©s de l’Union dans la forĂŞt et s’en revinrent pour faire sur leurs chevaux le quart de mile qui les sĂ©parait de leurs propres positions. Les sabots des chevaux frappaient le sol avec un bruit sourd sur la vieille route de planches et, comme les officiers s’approchaient du 18ème North Carolina, on entendit le cliquetis des chiens que l’on amenait en arrière au cran de l’armĂ©. L’infanterie croyait que c’était la cavalerie Yankee qui venait vers eux. Un cri partit pour demander qui c’était, mais la rĂ©ponse se perdit immĂ©diatement dans le vacarme assourdissant de la mousqueterie alors que les armes s’allumaient tout le long de la ligne avant du rĂ©giment. Le Lieutenant George CORBETT de la Compagnie E savait que la volĂ©e tirĂ©e par ses hommes avait touchĂ© de plein fouet ce qui n’était plus maintenant qu’un nĹ“ud de chevaux et d’hommes se dĂ©battant dans l’obscuritĂ© Ă  quelques yards Ă  l’Est. Les baguettes de chargement cliquetaient dĂ©jĂ  dans les canons, brisant le silence qui avait soudain suivi, pendant que les « Tarheels Â», les Talons de Goudron, allusion aux semelles de goudron naturel avec lesquelles Ă©taient faits les croquenots des Sudistes, enfonçaient dĂ©jĂ  une nouvelle charge au fond de leur Modèle 1842 et cherchaient une capsule d’amorçage dans leur giberne. Une artillerie Unioniste Ă©nervĂ©e rĂ©pliqua Ă  la mousqueterie par un feu aveugle qui envoya des shrapnels volant Ă  travers la route, en sifflant mĂ©chamment au milieu de l’illumination de la scène par les Ă©clatements des obus. Lorsque le bombardement s’arrĂŞta, les aides de JACKSON et les soldats frappĂ©s d’horreur s’élançaient en courant, le portant vers un hĂ´pital de campagne. Oh, merde ! On a butĂ© le chef ! Merde, chef ! Mais qu’est-ce qu’on fait maintenant, chef ? On appela le docteur de l’état-major, le Docteur Hunter Mc. GUIRE, qui examina les blessures de JACKSON Ă  la lueur d’une lampe. A trois pouces en dessous de l’épaule gauche, une balle s’était taillĂ©e une tranchĂ©e Ă  travers le bras, y laissant dans son sillage un horrible mĂ©lange d’os Ă©clatĂ©s et de muscles dĂ©chirĂ©s. Plus bas, dans l’avant-bras, une autre balle Ă©tait entrĂ©e près du coude et Ă©tait descendue pour ressortir du cĂ´tĂ© intĂ©rieur du poignet. Un troisième projectile s’était Ă©crasĂ© dans la main droite. Il y Ă©tait encore, au milieu des dĂ©bris d’os. Mc. GUIRE dĂ©coupa la peau et sortit la balle. Il la fit rouler dans la paume de sa main. Â« Un Springfield Ă  canon lisse Â» dit-il tristement Â« Nos propres troupes. Â» La balle de mousquet sonna lugubrement lorsque le chirurgien la jeta sur le plateau. Ce bruit-lĂ  fut le glas qui sonnait sur la ConfĂ©dĂ©ration. JACKSON laissa sur la table d’amputation son bras gauche fracassĂ©, et mourut plus tard d’une pneumonie. Bonjour le minuscule pouvoir de pĂ©nĂ©tration de la grosse balle ronde mais, et hop, encore un manchot ! Quand c’était pas une jambe que les gĂ©nĂ©raux perdaient Ă  la guerre Ă  cette Ă©poque, c’était un bras, parfois la tĂŞte. Et si le mec ne mourait pas de gangrène, juste après il pouvait attraper tellement froid faute de soins, qu’il y laissait la peau lĂ  aussi. Et dire qu’il y a des gens qui trouvent que la guerre, c’est bien…Tout le Sud pleurait pendant que la grande victoire de LEE Ă  Chancellorsville Ă©tait ternie par la perte de son paladin. La guerre continua, et deux mois plus tard, LEE emmena son armĂ©e vers le Nord pour envahir le Pennsylvania dans l’espoir de gagner une victoire dĂ©cisive sur le sol de l’Union et de terminer ainsi le conflit en faveur du Sud. Le vieux corps d’armĂ©e de JACKSON fut attribuĂ© au GĂ©nĂ©ral Richard EWELL, un vĂ©tĂ©ran dĂ©garni qui avait autrefois vu du service sur la frontière avec les dragons au Texas et au Nouveau Mexique. Un an plus tĂ´t, EWELL avait perdu une jambe au combat. Encore un ! Qu’est-ce que je disais ? Au cours de sa convalescence, il avait Ă©pousĂ© une veuve locale. Ces deux expĂ©riences avaient secouĂ© et dĂ©stabilisĂ© le cĂ©libataire quinquagĂ©naire. Ce n’était plus le mĂŞme combattant fonceur que l’armĂ©e avait connu Ă  une Ă©poque. Lors de ses premières actions Ă  Gettysburg, EWELL hĂ©sita avant de lancer une attaque contre les troupes de l’Union dĂ©bordĂ©es et dĂ©sorganisĂ©es qui tenaient Cemetery Hill, la Colline du Cimetière, quel nom bien choisi, puisque tant de jeunes et de moins jeunes y laissèrent, non pas des plumes, mais aussi des bras, des jambes, des pifs, des pafs, des oreilles, des globos, des tĂŞtes, beaucoup la vie tout court. L’assaut tardif ne fut pas lancĂ© avec assez de dĂ©termination, et les tuniques bleues gardèrent le contrĂ´le de la colline, donnant ainsi la bataille au Nord.

Beaucoup d’érudits prĂ©tendent que, si JACKSON avait Ă©tĂ© Ă  la tĂŞte de ces troupes, il n’aurait pas laissĂ© passer l’opportunitĂ© et l’issue de la bataille aurait tournĂ© en faveur du Sud, avec un train d’évènements radicalement diffĂ©rent Ă  influer sur l’histoire de l’AmĂ©rique. Ben tiens. Et si nous, les Sudistes, on avait Ă©tĂ© plus nombreux, vous les Nordistes, vous auriez perdu la guerre de SĂ©cession qui a sèssĂ©sassĂ©sĂ»r. En tout Ă©tat de cause, beaucoup de ces morts au milieu des champs dĂ©vastĂ©s et des vergers dĂ©truits sur Gettysburg provenaient des rangs du 18ème. North Carolina, qui essayait de se racheter de sa bĂ©vue fatale de Chancellorsville. Quand, après Appomattox vingt et un mois plus tard, les derniers drapeaux furent pliĂ©s et rangĂ©s et les mousquets mis au râtelier, un certain Lieutenant CORBETT, hantĂ© par la honte, rentrait chez lui Ă  pied en Caroline du Nord, obsĂ©dĂ© par le bruit d’une terrible volĂ©e qui rĂ©sonnait encore dans sa tĂŞte. Pour JACKSON, STEVENS, KEARNY et des milliers d’autres, le Modèle 1842 avait stoppĂ© net tous leurs espoirs et leur ambition, en une âcre giclĂ©e de fumĂ©e de poudre et l’impact brutal d’une balle ronde en plomb tendre. Ce vĂ©tĂ©ran aguerri qui avait servi sous deux drapeaux rentrait dans l’ombre avec eux. Mais tout en laissant sa place aux armes modernes, rayĂ©es et au chargement par la culasse, le mousquet partagea l’épitaphe que Robert E. LEE fit plus tard sur la ConfĂ©dĂ©ration Â« Nous avons perdu mais, par la grâce de Dieu, une dĂ©faite en apparence se rĂ©vèle souvent ĂŞtre une bĂ©nĂ©diction. Â»

Mousquet U.S. Modèle 1842 Ă  percussion :

Fabriqué aux arsenaux de Springfield et de Harper’s Ferry entre 1844 et 1855 à environ 275 000 exemplaires, dont 172 000 par Springfield. Calibre .69, chargement par la bouche à un coup. Canon de 42 pouces, maintenu par trois bandes. Garnitures en fer. Pièces métalliques finition poli blanc. Baquette de chargement en acier, à tête tulipée. Tenon de baïonnette sous la bouche du canon. Crosse en noyer en dos de cochon. Platine marquée de l’aigle américain, au dessus d’U.S., devant le chien. Derrière le chien, marquée soit SPRING/FIELD/(date) ou HARPERS/FERRY/(date). Culasse marquée V/P/(tête d’aigle), parfois les initiales de l’inspecteur sont visibles. Cartouche de l’inspecteur estampillé sur le côté gauche de la crosse, de l’autre côté de la platine. Première génération de mousquet conçue aux arsenaux nationaux pour le système d’amorçage à percussion, le modèle présente d’importantes distinctions. Dernière arme U.S. à canon lisse, au calibre de .69, et première arme U.S. faite à la fois aux arsenaux de Springfield et de Harper’s Ferry avec toutes les pièces interchangeables. A part la forme de la platine, le mousquet U.S. Modèle 1842 est quasiment identique à son prédécesseur à silex, le mousquet Modèle 1840. Les spécimen qui portent les dates d’avant la Guerre du Mexique de 1847 tendent à bénéficier d’une petite plus-value. Cote de 700,00 $ à 2 250,00 $.

Mousquet U.S. Modèle 1842, canon rayĂ© :

Transformation par rayure du canon, effectuée aux arsenaux de Springfield et de Harper’s Ferry entre 1856 et 1859 à 14 182 exemplaires au total. Même arme que le Modèle 1842, à l’exception des rayures. Un peu moins de 10 000 exemplaires furent équipés avec des organes de visée pour le tir à longue distance, les 4 182 autres n’en ayant pas. Cotes de 800,00 $ à 2 500,00 $.

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