Le bon vieux Springfield 1842

LE BON VIEUX SPRINGFIELD 1842

Traduction d’un article de W. AUSTERMAN paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1986

 

Demandez à tout groupe de collectionneurs d’armes ou d’historiens quelle fut l’arme qui exerça le plus d’influence sur le cours de la Guerre Civile, et la grande majorité citera sans aucun doute la carabine Spencer à cause de sa fameuse puissance de feu et son rôle important lors des victoires décisives de l’Union comme Gettysburg et Nashville. Quelques-uns uns de ceux qui réfléchiront un peu plus, ou ceux qui voudront installer la polémique, ne seront pas d’accord et désigneront le fatidique petit Deringer de gros calibre de John Wilkes BOOTH comme l’arme qui décida de l’issue finale du triomphe de l’Union sur le Sud. Mais on peut également avancer qu’il serait mieux de discuter sur une arme conçue pour un conflit plus ancien, dépassée bien avant les premiers coups de feu qui ont salué l’aube sur Fort Sumter. Le mousquet Springfield Modèle 1842 n’a sûrement pas tiré les coups de feu qui eurent le plus d’influence dans la bataille. Mais si ces coups n’ont pas décidé de l’issue du conflit, il n’y a pas de doute qu’il y ont été pour quelque chose sur le long chemin d’agonie que les deux camps suivirent jusqu’à Appomattox. Ce ne fut qu’une autre de ces ironies du sort impliquées dans une guerre voyant pour la première fois une utilisation intensive de canons rayés dans l’artillerie et les armes légères, de mitrailleuses et d’armes à répétition se chargeant par la culasse, qu’un mousquet à canon lisse ait eu autant d’impact sur le cours de évènements.

Entre 1843 et 1855, on produisit quelques 275 000 de ces armes à percussion en calibre .69 aux arsenaux de Harper’s Ferry et de Springfield. Une arme d’épaule pour le moins encombrante avec son poids de neuf livres et mesurant presque cinquante huit pouces de long, le modèle 1842 fut la première arme à percussion, et la dernière à canon lisse, produite pour les régiments d’infanterie de l’U.S. Army. Le modèle 1842 connut le service pendant la Guerre du Mexique, dotant les troupes régulières, bien que beaucoup de régiments de volontaires eussent du se contenter des mousquets à silex du modèle plus ancien. Comme le remarque le Lieutenant Ulysses S. GRANT : « L’infanterie sous les ordres du Général TAYLOR était armée de mousquets à silex et de cartouches en papier chargées de poudre et de balles ou de chevrotines. A la distance de quelques centaines de yards, un homme pouvait vous tirer dessus toute la journée sans que vous vous en rendiez compte. » L’arme à percussion détrôna vite le « culbuteur de citrouilles » à silex à la fin de la guerre, et le modèle 1842 rendit encore indifféremment des années de service sur la frontière à l’Ouest. Dans une compagnie d’infanterie moyenne, un coup sur six pouvait toucher une cible de la taille d’un homme à cent yards sur le stand à l’entraînement. En Juillet 1855, le Secrétaire à la Défense Jefferson DAVIS reconnut l’obsolescence du mousquet et ordonna que l’on fabriquât et distribuât une nouvelle génération de fusils à canon rayé utilisant la balle conique Minie. Les régiments de ligne furent enfin équipés d’une arme possédant une véritable précision à longue distance.

 

Dans toute la nation, les vieilles armes furent gardées en stocks de réserve, à la fois dans les armureries fédérales et dans celles d’état. Lorsque éclata la Guerre Civile en Avril 1861, environ 213 000 fusils Modèle 1842 se trouvaient encore sur les râteliers entre le Massachusetts et la Californie. Ce furent les armes longues les plus facilement disponibles lorsque l’on se mit à se tirer dessus de part et d’autre, et dans les premiers mois frénétiques de la guerre, les recrues s’estimaient chanceux si on leur attribuait l’un de ces « canon lisse à percussion », en comparaison avec les anciens fusils à silex qui étaient également distribués. Le Nord jouissait d’une supériorité écrasante sur le Sud en matière de capacité industrielle, mais cela allait prendre du temps avant de pouvoir le sentir. Au printemps de 1861, beaucoup de régiments de l’Union portaient le Modèle 1842 à l’épaule. Parmi eux, on cite des unités comme le 3ème. Connecticut, le 9ème. Massachusetts, le 8ème. et le 41ème. New York, et le 4ème. Volontaires d’Infanterie du Michigan. Jusqu’en Juillet 1863, le 12ème. New Jersey fit face aux charges de PICKETT à Gettysburg avec ses Modèles 1842, et tira des volées foudroyantes de balles et de chevrotines dans les rangs des gris avec des effets significatifs. La situation était pratiquement la même du côté de la Confédération. Au printemps de 1861, les armureries du Sud comptaient un total de 78 931 Modèles 1842. Sur ce nombre, 1557 ont été comptabilisés comme rayés et équipés d’une hausse réglable vers 1850.

La grande majorité des armes d’épaule tirait donc un projectile sphérique de 414 grains dans un canon lisse, avec une charge de 130 grains de poudre noire. La gigantesque balle faisait de la lumière dans tout ce qu’elle touchait, si elle touchait quelque chose aux distances de combat… En plus des mousquets de Springfield et de Harper’s Ferry, les Rebelles disposaient aussi de versions de l’arme fabriquées localement. Entre 1852 et 1853, pendant une période où les relations entre l’état et le gouvernement national commençaient déjà à s’envenimer, l’armurerie Palmetto de Columbia, en Caroline du Sud, produisit 6000 copies du Modèle 1842, très proches de l’original. Malgré l’importation d’une grande quantité d’armes depuis l’Europe, et la récupération de milliers d’autres sur les champs de bataille, la Confédération continua à doter le Modèle 1842 comme arme d’ordonnance standard. Au fur et à mesure que le temps passait, les Sudistes se rendirent de plus en plus compte qu’ils étaient en désavantage lorsqu’ils étaient confrontés aux troupes de l’Union.

 

Avec à sa tête le Général Josiah GORGAS, le Département de l’Equipement Militaire de la Confédération du Sud, le C.S. Ordnance Department, plein d’imagination et de ressources, prit note du problème et essaya de trouver un remède à l’imprécision du canon lisse. Le Lieutenant-Colonel William LeRoy BROUN, commandant l’arsenal de Richmond à partir de 1863, relate comment les penseurs de l’administration conclurent qu’il serait plus facile de changer le type de munition en dotation, que de rappeler tous les canons lisses et les faire rayer. « L’idée était de tirer un projectile allongé composite, fait de plomb et de bois dur, ou de papier-mâché, avec une tête en forme de fer de lance et un corps de plomb » se rappela BROUN plus tard. «  Le corps serait contenu dans un sabot creux en bois ou en papier-mâché. » La nouvelle balle était conçue sur de solides bases théoriques. « Au départ du coup, le matériau plus léger, se déplaçant plus vite, ferait ressortir la tête pointue et éliminerait ainsi la traînée » prétendait BROUN « et le vol de la trajectoire serait le même que celui d’une flèche, sans basculer sur le plus petit axe, comme si le centre d’inertie du projectile était en avant du centre de résistance à l’air. En tous cas, c’était la théorie du projectile composite conçu pour le vieux mousquet à canon lisse. » Ben mon vieux, çà c’est fort. Je connais le centre de gravité, mais le centre de résistance de l’air… Boum, et le petit bout pointu sort de son prépuce, comme sur une bite de chien. Je croyais que des hydrocéphales, il n’y en avait qu’en France, mais je vois qu’il y en avait aussi à l’époque chez ces braves Sudistes ! On élabore une théorie tellement fantaisiste et tirée par les cheveux compte tenu d’une époque où l’aérodynamique n’était même pas encore une science comme elle l’est aujourd’hui, sans parler des complications induites pour la fabrication massive de ces nouvelles balles qui auraient du voler, que les sous-idiots d’en face n’y comprendront rien, et le soldat moyen n’aura qu’à écouter aveuglément son chef qui lui répétera bêtement comment que ça marche bien, ces nouveaux trucs qu’on nous donne, maintenant ! Il n’y a pas de traces de production ni de dotation en service de cette balle exotique, mais le concept de base était très proche de celui des munitions modernes à sabot utilisées pour percer les blindages et destinées aux canons à haute vitesse armant les chars. Précis ou pas, le canon lisse vit le feu dans les rangs des gris. L’arsenal d’Augusta, Georgia, contenait 12 380 Modèles 1842 au moment de la sécession, et beaucoup de régiments d’état furent dotés de la vieille arme lorsqu’ils furent rassemblés pour le service.

 

Les hommes du 14ème. Georgia Infantry apprirent à manipuler et à tirer en volées avec les anciennes reliques avant de marcher au combat sous les ordres du Général Robert E. LEE et sa légendaire Armée du Northern Virginia. Les Géorgiens suivaient le Colonel R.W. FOLSOM en tant que partie d’une brigade formée par d’autres régiments de l’état, au moment où l’armée de LEE se heurta à une force Fédérale commandée par le pompeux Général John POPE. Par un pluvieux 1er. Septembre de 1862, des éléments des deux armées ennemies se rencontrèrent près du petit hameau de Chantilly en Virginie. Les Rebelles se déployèrent devant un petit relief connu sous le nom d’Ox Hill, la Colline du Bœuf, et tinrent la ligne contre les tuniques bleues qui attaquaient. Le Brigadier Général Isaac STEVENS saisit l’étendard d’un régiment de New York et mena ses hommes à l’assaut. Les Yankees chargèrent en avant à travers une pluie aveuglante, et ils étaient sur le point de percer les positions Géorgiennes quand une volée brûlante partie de leurs mousquets stoppa net leur avance et laissa STEVENS étendu dans la boue, avec un trou béant dans la tête. Héros de la Guerre du Mexique et anciennement gouverneur du Territoire de Washington, STEVENS était un personnage populaire dans le Nord, et sa mort horrifia toute la division qu’il commandait durant la bataille de Chantilly.

Les Yankees, secoués, se retirèrent et se rassemblèrent à distance des Confédérés, pendant que les renforts arrivaient sur le terrain. La division du Major Général Philip KEARNY commença à regarnir les rangs, et l’officier impétueux chercha immédiatement à frapper les Rebelles en retour. KEARNY était une sorte de légende dans l’Armée de l’Union à l’époque. Avocat millionnaire, il avait quitté le barreau pour devenir un soldat professionnel. Cavalier né, il avait servi comme observateur avec les Français en Afrique du Nord, et perdu un bras au cours d’une action héroïque pendant la Guerre du Mexique. Le Général Wilfried SCOTT disait de lui « C’était l’homme le plus brave que j’aie jamais connu, et un parfait soldat. » Le « parfait soldat » était courageux à l’extrême, et ce défaut le rattrapa sous la pluie sombre ce soir-là à Ox Hill. Il donna des éperons et fonça vers le front en ordonnant à un régiment du Massachusetts de le suivre à l’attaque. Les New Englanders pataugèrent en avant dans les restes détrempés d’un champ de maïs alors que le crachement du feu jaillit des rangs Confédérés. Comme les hommes d’infanterie hésitaient et le prévinrent qu’il y avait toute une division de déployée dans la forêt juste en face, KEARNY se mit en colère et fonça en avant sur son cheval pour les pousser à le suivre, sinon ils auraient eu honte. On pouvait discerner des silhouettes dans l’ombre pendant que le Général approchait des bois. Le Simple Soldat L.G. PERRY du 14ème. Georgia faisait partie de ceux qui attendaient en embuscade lorsque le rêche accent New-Yorkais de KEARNY se fit entendre avec cette question impérieuse « Qui est-ce qui vous commande, là ? » Une voix traînant de Géorgien répondit en lui demandant de se rendre. KEARNY fit faire demi-tour à sa monture et lui planta ses éperons dans les flancs. Il se mit debout dans les étriers et se pencha presque horizontalement sur la selle, en lançant son cheval en avant. Le Simple Soldat PERRY leva son Modèle 1842 et laissa le chien retomber sur la capsule. La balle jaillit dans une gerbe de flammes oranges, s’engouffra dans le tube digestif de KEARNY et finit dans l’abdomen. KEARNY était mort avant que son corps ne glissât de la selle. Avec deux généraux de perdus et dix pour cent des forces totales de tués ou de blessés, les hommes de l’Union se contentèrent de laisser se finir la bataille toute seule, les deux principales armées terminant une campagne qui avait déjà vu une amère défaite infligée aux forces de POPE. L’armée de LEE restait défiante, prête à asséner un autre coup à l’ennemi, lequel pleurait à présent deux personnages populaires à cause des antiques canons lisses portés par les Géorgiens à Chantilly.

 

Huit mois plus tard, les Sudistes faisaient face à une nouvelle invasion Nordiste quand le Général Joseph HOOKER mena l’Armée du Potomac de l’autre côté de la rivière Rappahannock, dans un vaste mouvement pour capturer Richmond. Son corps d’armée marchait à travers un sombre enchevêtrement de broussailles et sur d’étroit sentiers sinueux, appelé « La Jungle » par les Virginiens. HOOKER ramena son armée en arc de cercle s’incurvant à l’ouest et au sud, autour d’un village appelé Chancellorsville, pendant que LEE remontait rapidement en marchant le long de la rivière pour le rencontrer. Les Confédérés alignaient à peine 60 000 hommes et HOOKER 134 000, mais là, le destin était avec eux. L’un des corps d’armée de LEE était dirigé par le Général Thomas J. « Stonewall », le « Mur de Pierre », JACKSON. L’année précédente, il avait vaincu cinq armées Yankees dans la vallée du Shenandoah après une marche forcée, et jeté la panique dans Washington D.C. avant de foncer vers le sud pour rejoindre LEE dans la défense victorieuse de Richmond. A présent, JACKSON était sur le point de couronner le coup de maître de sa carrière déjà légendaire. Quelque part au milieu des pins cachés, à l’ouest des croisements menant à Chancellorsville, il avait un double rendez-vous avec l’immortalité et le mousquet Modèle 1842. Après une hâtive réunion le soir du 1er. Mai 1863, LEE et JACKSON mirent en action leur plan audacieux pour freiner l’élan de l’avance de HOOKER. Pendant que LEE emmenait avec lui une petite partie de l’armée de façon à créer une diversion sur l’avant de HOOKER, JACKSON et 28 000 hommes s’élançaient vers le sud et l’ouest dans une longue marche forcée qui les amena juste contre le flanc exposé de l’Armée de l’Union à la fin de l’après-midi du 2 Mai. Les hommes de JACKSON s’élancèrent dans le crépuscule en hurlant, des éclairs scintillant au bout de leurs fusils tout le long de leur ligne, pour piquer en avant dans les ombres à l’est, comme l’auraient fait des fers de lance. Cà, si ce n’est pas une charge à la baïonnette dans les lueurs rouges et grises du crépuscule, je m’en mords le chinois. Brandissant au dessus d’eux leurs bannières rouges en lambeaux, ils s’abattirent sur l’ennemi avec un tel élan que le 11ème. Corps de l’Union fut bientôt transformé en une foule paniquée. A la tombée de la nuit, l’armée de HOOKER s’était repliée sur elle-même comme un canif à moitié fermé, et les obus de l’artillerie Confédérée pleuvaient sur son quartier-général à Chancellorsville.

JACKSON savait que l’aube pourrait bien rapporter la victoire finale sur l’ennemi, mais il lui fallait d’abord calmer la confusion et la désorganisation qui avaient naturellement accompagné l’assaut de ses troupes. Alors que l’obscurité s’installait, il fit avec son état-major le tour du front pour remettre de l’ordre et donner de nouvelles instructions pour l’action du lendemain matin. JACKSON avait hâte de mettre en place la division de choc du Général A.P. HILL pour la nouvelle attaque, et il s’élança en avant sur son cheval, cherchant son chemin à travers les lignes pour atteindre son poste de commandement. Il était vingt et une heure ce soir-là et la pleine lune brillait à travers les reflets pourpres des feux et des fumées de poudre noire, quand JACKSON et ses aides repérèrent les postes avancés de l’Union dans la forêt et s’en revinrent pour faire sur leurs chevaux le quart de mile qui les séparait de leurs propres positions. Les sabots des chevaux frappaient le sol avec un bruit sourd sur la vieille route de planches et, comme les officiers s’approchaient du 18ème North Carolina, on entendit le cliquetis des chiens que l’on amenait en arrière au cran de l’armé. L’infanterie croyait que c’était la cavalerie Yankee qui venait vers eux. Un cri partit pour demander qui c’était, mais la réponse se perdit immédiatement dans le vacarme assourdissant de la mousqueterie alors que les armes s’allumaient tout le long de la ligne avant du régiment. Le Lieutenant George CORBETT de la Compagnie E savait que la volée tirée par ses hommes avait touché de plein fouet ce qui n’était plus maintenant qu’un nœud de chevaux et d’hommes se débattant dans l’obscurité à quelques yards à l’Est. Les baguettes de chargement cliquetaient déjà dans les canons, brisant le silence qui avait soudain suivi, pendant que les « Tarheels », les Talons de Goudron, allusion aux semelles de goudron naturel avec lesquelles étaient faits les croquenots des Sudistes, enfonçaient déjà une nouvelle charge au fond de leur Modèle 1842 et cherchaient une capsule d’amorçage dans leur giberne. Une artillerie Unioniste énervée répliqua à la mousqueterie par un feu aveugle qui envoya des shrapnels volant à travers la route, en sifflant méchamment au milieu de l’illumination de la scène par les éclatements des obus. Lorsque le bombardement s’arrêta, les aides de JACKSON et les soldats frappés d’horreur s’élançaient en courant, le portant vers un hôpital de campagne. Oh, merde ! On a buté le chef ! Merde, chef ! Mais qu’est-ce qu’on fait maintenant, chef ? On appela le docteur de l’état-major, le Docteur Hunter Mc. GUIRE, qui examina les blessures de JACKSON à la lueur d’une lampe. A trois pouces en dessous de l’épaule gauche, une balle s’était taillée une tranchée à travers le bras, y laissant dans son sillage un horrible mélange d’os éclatés et de muscles déchirés. Plus bas, dans l’avant-bras, une autre balle était entrée près du coude et était descendue pour ressortir du côté intérieur du poignet. Un troisième projectile s’était écrasé dans la main droite. Il y était encore, au milieu des débris d’os. Mc. GUIRE découpa la peau et sortit la balle. Il la fit rouler dans la paume de sa main. « Un Springfield à canon lisse » dit-il tristement « Nos propres troupes. » La balle de mousquet sonna lugubrement lorsque le chirurgien la jeta sur le plateau. Ce bruit-là fut le glas qui sonnait sur la Confédération. JACKSON laissa sur la table d’amputation son bras gauche fracassé, et mourut plus tard d’une pneumonie. Bonjour le minuscule pouvoir de pénétration de la grosse balle ronde mais, et hop, encore un manchot ! Quand c’était pas une jambe que les généraux perdaient à la guerre à cette époque, c’était un bras, parfois la tête. Et si le mec ne mourait pas de gangrène, juste après il pouvait attraper tellement froid faute de soins, qu’il y laissait la peau là aussi. Et dire qu’il y a des gens qui trouvent que la guerre, c’est bien…Tout le Sud pleurait pendant que la grande victoire de LEE à Chancellorsville était ternie par la perte de son paladin. La guerre continua, et deux mois plus tard, LEE emmena son armée vers le Nord pour envahir le Pennsylvania dans l’espoir de gagner une victoire décisive sur le sol de l’Union et de terminer ainsi le conflit en faveur du Sud. Le vieux corps d’armée de JACKSON fut attribué au Général Richard EWELL, un vétéran dégarni qui avait autrefois vu du service sur la frontière avec les dragons au Texas et au Nouveau Mexique. Un an plus tôt, EWELL avait perdu une jambe au combat. Encore un ! Qu’est-ce que je disais ? Au cours de sa convalescence, il avait épousé une veuve locale. Ces deux expériences avaient secoué et déstabilisé le célibataire quinquagénaire. Ce n’était plus le même combattant fonceur que l’armée avait connu à une époque. Lors de ses premières actions à Gettysburg, EWELL hésita avant de lancer une attaque contre les troupes de l’Union débordées et désorganisées qui tenaient Cemetery Hill, la Colline du Cimetière, quel nom bien choisi, puisque tant de jeunes et de moins jeunes y laissèrent, non pas des plumes, mais aussi des bras, des jambes, des pifs, des pafs, des oreilles, des globos, des têtes, beaucoup la vie tout court. L’assaut tardif ne fut pas lancé avec assez de détermination, et les tuniques bleues gardèrent le contrôle de la colline, donnant ainsi la bataille au Nord.

Beaucoup d’érudits prétendent que, si JACKSON avait été à la tête de ces troupes, il n’aurait pas laissé passer l’opportunité et l’issue de la bataille aurait tourné en faveur du Sud, avec un train d’évènements radicalement différent à influer sur l’histoire de l’Amérique. Ben tiens. Et si nous, les Sudistes, on avait été plus nombreux, vous les Nordistes, vous auriez perdu la guerre de Sécession qui a sèssésassésûr. En tout état de cause, beaucoup de ces morts au milieu des champs dévastés et des vergers détruits sur Gettysburg provenaient des rangs du 18ème. North Carolina, qui essayait de se racheter de sa bévue fatale de Chancellorsville. Quand, après Appomattox vingt et un mois plus tard, les derniers drapeaux furent pliés et rangés et les mousquets mis au râtelier, un certain Lieutenant CORBETT, hanté par la honte, rentrait chez lui à pied en Caroline du Nord, obsédé par le bruit d’une terrible volée qui résonnait encore dans sa tête. Pour JACKSON, STEVENS, KEARNY et des milliers d’autres, le Modèle 1842 avait stoppé net tous leurs espoirs et leur ambition, en une âcre giclée de fumée de poudre et l’impact brutal d’une balle ronde en plomb tendre. Ce vétéran aguerri qui avait servi sous deux drapeaux rentrait dans l’ombre avec eux. Mais tout en laissant sa place aux armes modernes, rayées et au chargement par la culasse, le mousquet partagea l’épitaphe que Robert E. LEE fit plus tard sur la Confédération « Nous avons perdu mais, par la grâce de Dieu, une défaite en apparence se révèle souvent être une bénédiction. »

 

Mousquet U.S. Modèle 1842 à percussion :

Fabriqué aux arsenaux de Springfield et de Harper’s Ferry entre 1844 et 1855 à environ 275 000 exemplaires, dont 172 000 par Springfield. Calibre .69, chargement par la bouche à un coup. Canon de 42 pouces, maintenu par trois bandes. Garnitures en fer. Pièces métalliques finition poli blanc. Baquette de chargement en acier, à tête tulipée. Tenon de baïonnette sous la bouche du canon. Crosse en noyer en dos de cochon. Platine marquée de l’aigle américain, au dessus d’U.S., devant le chien. Derrière le chien, marquée soit SPRING/FIELD/(date) ou HARPERS/FERRY/(date). Culasse marquée V/P/(tête d’aigle), parfois les initiales de l’inspecteur sont visibles. Cartouche de l’inspecteur estampillé sur le côté gauche de la crosse, de l’autre côté de la platine. Première génération de mousquet conçue aux arsenaux nationaux pour le système d’amorçage à percussion, le modèle présente d’importantes distinctions. Dernière arme U.S. à canon lisse, au calibre de .69, et première arme U.S. faite à la fois aux arsenaux de Springfield et de Harper’s Ferry avec toutes les pièces interchangeables. A part la forme de la platine, le mousquet U.S. Modèle 1842 est quasiment identique à son prédécesseur à silex, le mousquet Modèle 1840. Les spécimen qui portent les dates d’avant la Guerre du Mexique de 1847 tendent à bénéficier d’une petite plus-value. Cote de 700,00 $ à 2 250,00 $.

 

Mousquet U.S. Modèle 1842, canon rayé :

Transformation par rayure du canon, effectuée aux arsenaux de Springfield et de Harper’s Ferry entre 1856 et 1859 à 14 182 exemplaires au total. Même arme que le Modèle 1842, à l’exception des rayures. Un peu moins de 10 000 exemplaires furent équipés avec des organes de visée pour le tir à longue distance, les 4 182 autres n’en ayant pas. Cotes de 800,00 $ à 2 500,00 $.

 

SPRINGFIELD-1842