Le Remington « rolling block » militaire

Traduction d’un article de George J LAYMAN paru dans D.G.W. Blackpowder Annual 1988

 

« D’une simplicité, d’une robustesse, d’une durabilité et d’une rapidité de feu inégalées… Plus de 1 600 000 du célèbre fusil Remington ont été vendus » Ces mots sont tirés du catalogue d’armes Remington de 1902.

 

Des déclarations aussi vantardes que celle-là, faites en tant que publicité pour le fusil militaire Remington Rolling Block modèle 1897 qui venait de sortir, rappelait au monde que cette célèbre famille d’armes à feu n’était toujours pas près d’être mise à la retraite.

 

Le Springfield Trapdoor, le fusil Sharps et presque toutes les autres armes d’épaule militaires à un coup étaient tous, il est vrai, condamnés à l’obsolescence pour le tournant du siècle. Mais le fusil à chargement par la culasse conçu par Joseph RIDER et inspiré de Leonard GEIGER n’était, lui, pourtant pas encore considéré comme dépassé. Jusqu’à 1900, pas moins de vingt-cinq nations avaient, soit adopté, soit commandé, d’innombrables quantités de Remington Rolling Block pour leurs forces armées ou garde nationale ou civile. Jusqu’à une époque aussi tardive que la Première Guerre Mondiale, le gouvernement Français avait commandé plusieurs milliers du fusil Remington Rolling Block pour poudre sans fumée en calibre 8 millimètres, et dans cette deuxième décade du vingtième siècle, ils combattaient aux côtés des Browning Automatic Rifle et d’autres armes contemporaines de l’époque.

Au moins quatre pays avaient obtenu des droits de fabrication pour produire l’arme dans leurs propres arsenaux. A la fin de la Première Guerre Mondiale, plus de 2 000 000 de ces fusils à bloc roulant existaient, produits soit par Remington ou par d’autres nations outre Atlantique.

 

Mais les temps n’avaient cependant pas toujours été fastes pour la Remington Arms Company, car la compagnie avait presque sombré dans l’oubli juste avant que le système du bloc roulant grimpât vers la gloire. En 1865, Remington fit l’expérience d’un baisse d’affaires due à la saturation en matière d’armes juste après la Guerre Civile, tout comme pratiquement la totalité de ses concurrents. Après avoir vendu plusieurs milliers de ses excellents revolvers à percussion au Gouvernement Fédéral, Remington se retrouva brusquement en compétition avec le gouvernement des Etats Unis, pour le marché des surplus d’armes et de munition à la fin de la guerre. Les institutions militaires n’avait plus besoin maintenant de ces vastes quantités d’armes d’ordonnance qu’elles avaient en trop. Il fallait quelque chose de révolutionnaire pour satisfaire le nouveau marché sophistiqué de l’armement d’ordonnance américain.

 

L’usine d’Oliver WINCHESTER à New Haven, état du Connecticut, avait innové avec B. Tyler HENRY, sous la forme de la Winchester modèle 1866 en fusil et en carabine. C’est ce qui mit le concurrent direct du fusil Henry à l’époque de la guerre, la Spencer Repeating Arms Company, sur le chemin de la catastrophe financière. Le pain et le beurre de Remington étaient à ce moment-là les revolvers à percussion modèles New Army et Navy, qui avaient été ponctuellement livrés au gouvernement. Son concurrent le plus sérieux, la Colt Patent Firearms Company, qui avait commencé elle aussi comme fabricant de revolvers, était déjà en train d’améliorer ses armes de poing à percussion en les transformant pour tirer des cartouches métalliques.

 

Vers la fin de 1863, Remington donna des instructions à Joseph RIDER de Newark, Ohio, pour qu’il reprît un système d’arme d’épaule à un coup qui lui avait été proposé à l’origine par Leonard GEIGER de New York. Joseph RIDER fut donc le concepteur du fusil Remington Rolling Block. Le premier brevet du nouveau système fut déposé en 1868. RIDER naquit en 1817 et mourut en 1901. Il était originaire de Newark, Ohio. Le résultat final des travaux de RIDER deviendrait la pain béni de Remington, en donnant au public l’occasion d’acquérir une arme extraordinaire.

 

Bien que RIDER commençât déjà à travailler sur le système original GEIGER vers la fin de 1863, l’arme ne fut pas produite avant le début de 1865, quand les hostilités entre le Nord et le Sud furent sur le point de s’achever. Connue sous le nom de carabine Remington Split Breech, soit à bloc pivotant, ce précurseur du bloc tournant fut immédiatement achetée par le gouvernement, mais arriva trop tard en service pour voir le combat. Bien que l’arme fût chambrée pour la cartouche relativement moyenne à percussion annulaire Spencer en calibre .56, RIDER savait que son système de bloc pivotant laissait beaucoup à désirer en matière de solidité. Il eut tôt fait d’améliorer le système, en remplaçant le bloc d’origine se séparant en deux, par un autre beaucoup plus robuste.

 

 

 

 

La carabine Remington à bloc pivotant de RIDER

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Croquis original du brevet de Leonard GEIGER du 27.01.1862

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RIDER le présenta à l’inspection chez Remington vers la fin de 1865, et il devint le système Number One, c’est-à-dire Numéro Un. Profondément confiant, Remington fut persuadé que le fusil avec son nouveau système de bloc roulant serait un coup au but immédiat dans les forces des Etats Unis. Malgré les arguments plutôt convaincants de la compagnie que le nouveau fusil serait le bon choix pour convertir les milliers de mousquets à chargement par la bouche en calibre .58 disponibles dans les inventaires du gouvernement, le Ministère de la Guerre, ou War Department, avait déjà d’autres idées en tête. Après avoir été choisi lors des essais d’armes à chargement par la culasse de 1865, le système dit « Trapdoor » conçu par F.S. ALLIN chez Springfield Armory était parti pour devenir la nouvelle arme de service de l’Army. En dépit du fait que l’arme de Remington possédait une système plus simple, supérieur, l’Army se cantonna dans son choix « maison ». Le Rolling Block ne fut acheté qu’en quantités limitées pour les tests et les évaluations.

 

Le brevet de Joseph RIDER renouvelé le 31.12.1872
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Jamais découragés ni lents à la détente, les frères REMINGTON ouvrirent intrépidement un marché nouveau et lucratif de l’autre côté de l’Atlantique ! Si l’habileté au commerce fut jamais un facteur de succès en matière d’affaires, ce fut bien là la clé de l’ascension du Remington Rolling Block vers la gloire. En Février 1866, les frères étaient prêts à lancer une tournée de démonstration du bloc roulant en Europe. Entre eux, ils décidèrent que celui qui serait le plus capable et le plus convaincant de toute la famille, serait Samuel. Samuel REMINGTON était un gentilhomme poli, sociable et à l’esprit vif, dont la qualité exceptionnelle était qu’il pouvait être parfaitement à l’aise, aussi bien avec les gens les plus frustes qu’avec le prince le plus impérial. Cette qualité s’avérera être le secret du volume des ventes du Rolling Block. En été 1866, Sam s’embarqua pour l’Europe, emportant avec lui des fusils et des carabines à bloc roulant. Au fur et à mesure qu’il voyageait à travers le continent, les observateurs militaires de tous les pays apportèrent une attention toute particulière à ces armes. A elle toute seule, l’Europe était sur la brèche pour l’adoption d’une arme à chargement par la culasse de bonne conception. Aidées par la personnalité extravertie et vive de Sam, les présentations firent que le système à bloc roulant devint incroyablement populaire auprès de beaucoup de hauts dignitaires Européens. Lors de l’Exposition Impériale de Paris en 1867, à la surprise de Samuel REMINGTON lui-même, la Haute Commission de l’Armement, sous la présidence du Maréchal de France CANROBERT et les experts en armes d’ordonnance de Belgique, d’Autriche, de Suède, d’Espagne et de l’Italie, accordèrent la Médaille d’Argent de l’exposition au système Remington Rolling Block !

 

Peu de temps après, Sam prit la première grosse commande de sa compagnie de la part d’un client Européen, le Danemark. Ce pays commanda 42 000 fusils et carabines pour ses forces armées et, en travaillant ensemble, Remington et les autorités d’ordonnance danoises développèrent la cartouche de 11,7 X 51 MM dite aussi « Remington Danois ». Il s’agissait d’une cartouche à percussion annulaire utilisant une balle de 380 Grains poussée par 50 Grains de poudre noire Fg. En 1871, le Danemark avait obtenu les droits de fabrication pour produire le Rolling Block à son propre arsenal de Copenhagen, et avait modifié la cartouche en percussion centrale. Le Rolling Block fut utilisé par les Danois comme arme militaire de première ligne jusqu’en 1884, où elle fut remplacée par une arme à répétition. En 1868, la Suède commanda 40 000 fusils, à livrer sur une période de deux ans. Son voisin la Norvège suivit peu de temps après. La cartouche qui fut développée pour ces deux pays scandinaves fut la 12,11 MM dite « Remington Norvégien/Suédois », dont la longueur n’était qu’un tout petit peu plus courte que la cartouche de .50/70 Govt. des Etats Unis. Comme par réaction en chaîne, Samuel REMINGTON prenait des commandes partout où il s’arrêtait. Et sur le chemin du retour, la Marine des Etats Unis, la célèbre United States Navy, déjà satisfaite de ses pistolets Rolling Block qu’elle avait achetés en 1866, commanda 5 000 carabines à la fin de 1868. En 1870, la Navy commanda 12 000 fusils « à deux bandes » en .50/70 Govt., qui furent distribués au Marine Corps et furent les premières armes d’épaule militaires tirant à cartouche utilisées par les Etats Unis lors d’un conflit à l’étranger. En 1871, le navire USS « COLORADO » et une petite flottille de vapeurs jeta l’ancre sur la côte Coréenne, près de l’île de Kanghwa Do. Quand les négociations pour ouvrir les portes du royaume ermite Coréen s’envenimèrent, une altercation s’ensuivit et dégénéra en une sévère fusillade. Les fusiliers marins de la Navy se retrouvèrent inférieurs en nombre mais, après plusieurs jours d’accrochages, les forces Coréennes furent maîtrisées et le bastion de l’île fut pris. La fiabilité et le tir rapide du Remington Rolling Block avaient assuré aux U.S. leur première victoire en terre étrangère. En termes de chiffres purs dans les achats de Remington Rolling Block, l’Espagne remporta la première place des premiers clients en grande quantité. En 1866, les Espagnols achetèrent 10 000 conversions du fusil à chargement par la bouche en calibre .58. Parfaitement satisfaite après l’évaluation du nouveau système, l’Espagne commanda 85 000 fusils et 10 000 carabines en 1869, dans le calibre 11,5 X 58 MM dit « Remington Espagnol ». Ce calibre de 11 MM, alias .43 Espagnol, avait été conçu spécialement pour être le nouveau calibre réglementaire de l’Espagne, et il servit aux côtés de son homologue local, dit .43 Reformado, pendant plus de vingt-cinq ans. La fin officielle de son service fut l’année 1898. Au début de 1870, l’Espagne obtint les droits pour la fabrication du Rolling Block à Oviedo, et il y était encore fabriqué dans les années 1930 pour le marché civil espagnol.

 

Au cours des démonstrations de Samuel REMINGTON à la fin des années 1860, l’Egypte se montra fort intéressée par l’acquisition d’une arme à chargement par la culasse pour son armée. Après voir envoyé une commission à l’Exposition Impériale de Paris de 1867 pour se renseigner sur le Remington Rolling Block, le Khédive d’Egypte, Ismaël PACHA, invita Sam au Caire pour une évaluation officielle. Les forces armées égyptiennes étaient en cours de ré-organisation par l’ancien Général Confédéré STONE et, après que leur utilisation du Remington Rolling Block eût été homologuée en 1869, le Khédive estimait qu’il était impératif pour lui d’en prendre livraison le plus vite possible. Dans l’esprit de faciliter une expédition rapide de 60 000 fusils et carabines, le dirigeant Egyptien offrit à REMINGTON une parcelle de terrain dans le quartier le plus chic du Caire. Incapable de refuser sans offenser le Khédive, Samuel accepta et y fit construire une riche résidence. Il ne l’utilisa toutefois qu’occasionnellement, et l’endroit servit aux Britanniques jusque dans les années 1950, comme résidence pour leurs personnalités basées en Egypte. Les fusils égyptiens furent, tout comme leurs prédécesseurs des contrats européens, chambrés pour une autre de ces cartouches à percussion centrale développées par Remington. Le 11 X 50 R MM dit « Remington Egyptien » ou .43 Egyptien, était constitué d’une balle calepinée en papier de 400 Grains, sur une charge de 75 Grains de poudre noire FFg. Elle donnait suffisamment de pouvoir d’arrêt et de stabilité pour une utilisation dans les vents violents du désert du Sahara. Mais la commande initiale de 60 000 fusils et carabines n’arriva jamais au Caire.

 

Juste avant le début de la guerre Franco-Prussienne en 1870, la France envoya des acheteurs à travers le monde pour se procurer des armes de tous types. La France était en train de reconstruire et de moderniser frénétiquement ses forces, essentiellement armées de l’inefficace fusil Chassepot. D’une manière ou d’une autre, les acheteurs arrivèrent à convaincre le gouvernement Egyptien qu’ils avaient besoin d’obtenir la toute nouvelle commande de Rolling Blocks, et les Egyptiens résilièrent d’eux-mêmes le contrat qu’ils avaient conclu avec Remington. Le lot complet de fusils fut détourné vers Paris. En 1870-71, la France fit à son tour une commande à Remington, pour 130 000 fusils Rolling Block supplémentaires, mais elle dut les accepter en .43 Espagnol. Malgré ses fusils Rolling Block, son armée équipée de bric et de broc ne se débrouilla pas trop bien pendant la guerre Franco-Prussienne, et elle dut céder une grande partie de son territoire à l’Allemagne. Mais, malgré ses pertes, la France, satisfaite de ses Remington Rolling Blocks, commanda 145 000 autres de ces fusils à chargement par la culasse en 1874, sous le modèle « Garde Civile », et chambrés pour la nouvelle cartouche d’ordonnance en 11 MM Gras. Cette version arma les forces coloniales au Maroc, en Algérie, et dans d’autres parties du monde.

 

En 1875, l’Egypte, après avoir passé une nouvelle commande de 90 000 fusils Rolling Blocks, reçut finalement la quantité totale et les utilisa tout au long de la moitié du XIXe. siècle. Beaucoup des Rolling Block Egyptiens furent donnés au Soudan, et une quantité d’entre eux, dans les mains des Soudanais de Mahdi, les « fuzzy wuzzys », ou « foufous crépus », eut une part de responsabilité dans la défaite du Général Britannique Charles GORDON dit « le Chinois », lors du siège héroïque de Khartoum en 1885.

 

Bien que le Danemark, l’Espagne, la France et l’Egypte fussent parmi les plus grands acheteurs de Remington, après 1873 beaucoup d’autres pays se portèrent acquéreurs du « meilleur fusil militaire de son temps ». En 1874, Les Etats Pontificaux commandèrent un nombre aujourd’hui inconnu de ces fusils pour armer les Gardes Suisses du Vatican, chambrés dans leur propre calibre 12,7 X 45 R MM dit « Remington Pontificio ». Cette cartouche à percussion centrale était inhabituelle dans le fait que certaines étaient fabriquées en papier et d’autres en cuivre, et que le bourrelet était une pièce séparée attachée à la douille. Entre 1871 et 1874, la Chine acheta 144 000 fusils, et en 1876, le Mexique fit sa deuxième acquisition de 4 000 armes avant de passer d’autres commandes. Le Rolling Block était tellement populaire au Mexique que, même bien après ses heures de gloire dans les années 1870, beaucoup de ces vieux Remington à poudre noire chevauchaient avec les soldados de Pancho VILLA en 1916. Le chambrage des Remington Rolling Block en .43 Espagnol concernait les trois-quarts des ventes de ce fusil entre 1870 et 1890, avec pratiquement toute l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud utilisant ce calibre.

 

Les seules exceptions furent le Brésil, qui commanda ses fusils en 11 MM « Brésilien Comblain », et quelques autres pays d’Amérique Latine qui passèrent commande pour des armes rayées dans leur propres calibres. De toute évidence, beaucoup de clients militaires du Rolling Block ne voulaient pas de l’équipement standard des versions de production du Remington. C’était vrai également pour les Etats Unis. Remington avait finalement réussi à convaincre au moins une partie de l’autorité militaire des Etats Unis que son Rolling Block était un bon fusil de première ligne. En 1872, New York acheta un lot de fusils pour sa milice d’état, et demanda que ces armes chambrées en .50/70 fussent équipées d’un deuxième verrou de sûreté. Le Colonel George W. WINGATE décrivit le mieux ce mécanisme dans son livre “Manual for Rifle Practice” écrit en 1875 : « Le chien est disposé de façon à opérer en connexion avec un deuxième verrou, construit de manière à permettre au chien de passer assez loin sous le bloc de culasse pour mettre celui-ci en sécurité dès qu’il est fermé. Dans cette position, le verrou secondaire est engagé avec le cran du demi-armé, et l’arme ne peut pas tirer sans que le chien soit armé à nouveau. » Ceci n’état pas une nouveauté chez Remington, puisque le Rolling Block modèle 1871 de l’U.S. Army, fabriqué chez Springfield Armory avait été construit avec un « système de sécurité ». On en sait pas si les armes produites à Springfield l’ont été sous contrat avec Remington ou pas. Ce fusil ne fut cependant que l’un des concurrents aux essais des armes à chargement par la culasse de 1872, et seules 10 000 de ces armes furent construites.

 

Vers les années 1890, la fin de l’ère de la poudre noire approchait à grands pas. En 1896, Remington sortit une version modernisée de son Rolling Block, le Fusil Militaire Modèle Numéro Cinq « Sans Fumée », dit Modèle 1897. Ce fusil se vendit bien, malgré le fait que plusieurs fusils militaires à répétition tirant de la poudre sans fumée fussent déjà en usage à l’époque. La publicité de Remington elle-même le dit peut-être mieux que n’importe autre déclaration : « Ces armes ont été produites pour satisfaire un besoin urgent de fusils à grande puissance construits autour du système simple de Remington, que les armées connaissent si bien et pour qui les fusils compliqués à chargeur ont été une source constante de problèmes et de dangers. » Une autre considération importante dans la transition entre la poudre noire et la poudre sans fumée pour les autorités militaires du monde entier, était le prix. Un exemple : L’Allemagne présentait ses divers modèles de fusils à répétition avec la culasse Mauser à un prix standard de 35,00 $. Beaucoup de pays, particulièrement en Amérique Latine, ne pouvaient pas se permettre de payer ce prix, spécialement s’ils devaient ré-armer leur force militaire toute entière. Les Remington Rolling Block modèles 1897 et 1902 étaient listés à 20,00 $ pour le fusil et 18,00 $ pour la carabine, et ces prix étaient souvent réduits jusqu’à 50 % pour les contrats militaires ! Après avoir fini le lot de 50 000 fusils chambrés en 8 MM Lebel qui avaient été commandés par la France de 1915 à 1916 pendant la Première Guerre Mondiale, la section « Rolling Block » de l’usine d’Ilion, dans l’état de New York, démonta et déménagea tous ses outillages et équipements. Seul resta en fabrication le Fusil de Sport Modèle Numéro Quatre jusqu’en 1934, quand la production s’arrêta pour lui aussi. L’utilité pratique du Remington Rolling Block militaire en tant qu’arme de combat efficace a depuis longtemps disparu. Sa dernière performance dans les mains d’une puissance militaire a été contre l’Espagne lors de la Guerre de 1898. Mais, entre 1961 et 1965, au début de la Guerre du Vietnam, on a vu quelques Rolling Blocks dans les mains du Viet Cong. Ces fusils, chambrés pour la cartouche de 7,62 MM Russian, avaient probablement été donnés aux Nord-Vietnamiens par la Russie dans les années 1950, et provenaient de surplus achetés par le gouvernement du Tsar à Remington en 1915. Aujourd’hui, beaucoup de tireurs aux armes anciennes utilisent des fusils Remington Rolling Block et semblent vouloir continuer à le faire pour les prochaines années à venir. Pendant plus d’un siècle, cette arme vénérable est restée, sans aucun doute, « Le Meilleur Choix du Monde ! »

 

Pour les Français, on retient : Premier contrat en 1870, 130 000 en .43 Espagnol ; Contrat Egyptien commandé en 1869 et piqué en 1871 : 60 000 en .43 Egyptien ; Deuxième contrat de 1871 à 1874 : 145 000 en 11 MM Gras ; Troisième contrat en 1915 : 50 000 en 8 MM Lebel. Soit un total de 385 000 fusils au moins sur une estimation de 2 000 000, ou près de 20 % de la production totale. Et nos acheteurs n’ont même pas eu à donner un morceau de terrain à l’oncle Sam comme les Egyptiens, juste une montagne de pépètes pour des armes qui ne nous ont servi à rien de bien à l’époque… Derrière, la Chine avec 144 000 de 1871 à 1874, puis l’Espagne avec 95 000 en 1869 et l’Egypte avec 90 000 en 1875.