Règlement et procédures pour le tir aux canons se chargeant par la bouche

 

Selon le Muzzleloading Artilleryman

3, Church Street – P.O. box 550 – Winchester, Massachussets 01890

 

On n’a pas besoin des américains en France, on sait se servir tout seuls des armes tirant à la poudre noire, mais ce petit truc m’a bien amusé quand je l’ai lu. Ca sent la crainte du procès typiquement américain parce que l’artilleur amateur n’aura pas été raisonnable. Comme je ne suis pas un artilleur confirmé mais juste utilisateur occasionnel de petites répliques, les termes techniques pour les accessoires sont susceptibles de s’appeler autrement dans le jargon des spécialistes. Et de toutes façons, les pièces d’artillerie dont se servent les gens qui tirent avec, comme le Parrott 1864 au calibre de 3 pouces ( 76,2 Millimètres ) pour 10 livres et pesant 880 livres ( 399,17 kilos ), ou bien le Tredegar 1863 de 12 livres, ne sont pas courantes en France. Les vrais artilleurs à poudre noire pas vraiment non plus. Mais on ne sait jamais, c’est mieux que de mourir con.

GENERALITES

 

Les règles suivantes s’appliquent aux équipes d’artilleurs utilisant des pièces fabriquées, ou transformées, selon les standards de sécurité modernes. L’âme du canon doit être faite dans un acier non soudé, d’une épaisseur minimum de ¼ de pouce ( 6,35 millimètres ) et elle doit être capable de supporter une pression de 85 000 PsI
( soit l’équivalent de 38 556 kilos par pouce carré, ou 5 511,19 KGS par CM² ). La culasse doit être vissée et goupillée. Les culasses soudées et goupillées peuvent être d’une résistance égale, mais leur installation relève d’un travail de spécialiste et d’un fabricant compétent. Les âmes sablées ne sont pas recommandées pour le tir. La cheminée doit être usinée de manière à assurer un passage direct à travers la fonte et l’âme en acier.

ZONE DE SECURITE

 

Etablir une zone de sécurité de 50 pieds ( 15,24 mètres ) entre les spectateurs et le canon. Aucune personne n’est autorisée à se trouver devant la bouche du canon, et à aucun moment de la séance de tir. Seuls les équipiers ou du personnel dûment autorisé et habilité peuvent se trouver dans cette zone, entre le canon et la ligne de spectateurs.

 

EQUIPEMENT NECESSAIRE

 

Dix membres au minimum pour l’équipe. Le couvercle de la caisse à munitions ne doit pas s’ouvrir à un angle de plus de 80 degrés. Une brosse à cheminée ou accessoire de nettoyage. Une aiguille à cheminée. Un doigtier. D’épais gants de soudeur. Un sac de cuir à utiliser pour passer les munitions, et un autre sac de cuir pour le matériel d’amorçage. Un fouloir. Une éponge mouillée. Une éponge sèche. Un grattoir. Un seau d’eau. De la poudre d’amorçage. De la mèche ou de la cordelette. Un chronomètre.

 

PROCEDURE STANDARD A DIX ETAPES :

 

I ) LE NETTOYAGE DE LA CHEMINEE :

 

Nettoyer la cheminée en premier lieu avant tout nettoyage, chargement ou tir, en utilisant l’une des trois méthodes approuvées suivantes :

 

  1. Le gaz comprimé. Utiliser du gaz carbonique, de l’air ou tout autre gaz pour finir de brûler ou éteindre les points chauds. On peut également utiliser des extincteurs ou des bombes d’air comprimé disponibles dans le commerce.

 

  1. Un écouvillon en bronze de calibre .22, ou toute autre brosse de taille appropriée, vissé sur une tige qui s’adaptera à la cheminée.
  2. L’aiguillette d’amorçage est passée plusieurs fois dans la cheminée, en tournant pour gratter.

 

II ) LA FERMETURE DE LA CHEMINEE :

 

Fermer la cheminée en pressant dessus avec le doigt, pendant tout le temps que dure le nettoyage et le chargement de la pièce. C’est-à-dire depuis le moment où le grattoir entre dans la bouche jusqu’au moment où le fouloir ressort après avoir assis le projectile. Utiliser un doigtier en cuir ou d’épais gants en cuir pour protéger le pouce.

 

III ) LE GRATTAGE :

 

Utiliser un outil à deux pointes aiguës, reproduisant un grattoir à canon identique à ceux de l’époque. Passer le grattoir deux fois dans le canon, en lui faisant faire deux tours complets à chaque fois au fond de la culasse, pour enlever tous les restes de gargousse, de poudre et pour en raffiner les résidus. Le grattoir doit s’ajuster à l’âme du canon pour que ses pointes enlèvent les résidus facilement.

 

IV ) LE PASSAGE DE L’EPONGE MOUILLEE :

 

  1. Passer une éponge mouillée, mais pas trempée, ajustée au calibre, fixée avec un brin de laine sur un cylindre de bois au bout d’un manche qui devra dépasser au moins d’un pied ( 30,48 centimètres ) de la bouche du canon une fois au fond.
  2. Pousser l’éponge contre le fond de la culasse et faire tourner deux fois complètement. Retirer l’éponge à moitié, tourner une nouvelle fois, enfoncer à nouveau l’éponge et tourner à nouveau deux fois.
  3. Enlever l’éponge. Si des résidus de poudre imbrûlés ou de gargousse sont visibles sur l’éponge, répéter entièrement la procédure en commençant par la phase III, c’est-à-dire le grattage.

 

V ) LE PASSAGE DE L’EPONGE SECHE :

 

Après le passage de l’éponge mouillée, on suit la même procédure avec une éponge sèche qu’avec l’éponge mouillée. L’éponge sèche est lavée régulièrement et séchée avec un tissu absorbant. Le but de l’éponge sèche est d’enlever l’excès d’humidité dans le canon. S’il reste de l’eau dans le canon, la charge suivante peut laisser des résidus imbrûlés qui deviendront dangereux s’ils sont encore incandescents.

 

VI ) LA MISE EN PLACE DE LA CHARGE :

 

  1. La charge de poudre doit être préparée à l’avance. Voir Règle de Sécurité N° 2 plus loin pour la préparation des gargousses. Il ne faut pas introduire la charge de poudre dans le canon avant d’avoir laissé passer une période de trois minutes. Utiliser le chronomètre.
  2. N’ouvrir la caisse à munitions que le temps d’en sortir une gargousse. Il est interdit d’ouvrir la caisse à munitions pendant qu’un autre canon se prépare à tirer ou pendant qu’il tire, et aussi longtemps que celui-ci n’est pas déchargé.
  3. Transporter la gargousse avec la charge de poudre depuis la caisse à munitions, qui sera située à au moins 25 pieds ( 7,62 mètres) derrière le canon, dans un sac de transport en cuir. Placer la gargousse d’une main devant la bouche du canon, en portant les gants de soudeur ou d’ouvrier de fonderie.
  4. Utiliser un fouloir à tête légèrement conique de type « Mississipi », pour forcer la main à rester ouverte en cas d’ignition prématurée.
  5. Le fouloir doit être marqué de deux repères. Le premier pour indiquer la longueur devant rester hors du canon une fois la charge en place, et l’autre pour indiquer celle qui doit rester une fois le projectile mis en place sur la charge, lorsqu’on tire avec un projectile et pas à blanc.
  6. En portant les gants épais de protection, se tenir sur le côté du canon en restant le plus possible derrière la bouche. Prendre le fouloir de l’autre main, paume vers le haut et pouce ouvert pour pouvoir le lâcher en cas d’ignition prématurée. Pousser la gargousse de l’extérieur dans le canon avec le fouloir, par coups souples et courts, mais francs, sans à-coups pour éviter de broyer les grains de poudre.
  7. Dès que l’on sent que la charge est au fond, retirer la main et le fouloir. Après cinq à dix secondes, on s’assure que la charge est bien au fond, en passant à nouveau le fouloir et en s’aidant des repères sur son manche. Le fouloir se tient d’une main, pouce ouvert. A aucun moment de l’opération, autrement que nécessaire, l’artilleur se tient autre part que sur le côté du canon, et jamais juste devant la bouche.

 

VII ) LA MISE EN PLACE DU PROJECTILE.

 

  1. La procédure de mise en place du projectile est identique à celle de la mise en place de la gargousse. Le fouloir est utilisé par coups légers, souples et courts, le pouce ouvert sur le côté, d’une main et paume vers le haut, jusqu’à ce que le repère sur le manche soit visible à sa place.
  2. Comme dans toutes les armes se chargeant par la bouche et pour éviter de faire éclater le canon, il est essentiel de s’assurer qu’il n’y a pas d’espace vide entre la charge de poudre et le projectile au moment où le coup part.
  3. Lorsque le fouloir est retiré, une fois le projectile en place, on peut dégager le pouce de la cheminée.

 

VIII ) LE PERCAGE DE LA GARGOUSSE :

 

  1. Pour s’assurer de l’ignition, percer la gargousse contenant la charge de poudre en utilisant une vrille fixée à un manche. La manipulation se fait avec les gants de soudeur.
  2. La vrille ne doit pas être trop longue jusqu’à atteindre le fond de la culasse une fois enfoncée jusqu’au bout, de façon à ne pas former d’espace vide sous la cheminée.

 

IX ) L’AMORCAGE :

 

  1. L’amorçage de la cheminée dépend du type d’ignition utilisé. Les amorçages typiques sont la mèche et la poudre d’amorçage, la fusée, le pétard, l’amorce à friction, le .22 à blanc et la capsule à percussion.
  2. Si on utilise de la poudre, l’amorçage s’effectue avec un récipient d’une contenance maximum équivalente au nécessaire pour remplir la cheminée de poudre en granulation FFFg ou FFFFg. L’accessoire d’amorçage à poudre doit avoir une poignée, de sorte que la main de l’artilleur ne se trouve jamais au-dessus de la cheminée lorsque la poudre est versée dedans. Une douille de .38 ou de .45 à laquelle un fil de cuivre torsadé aura été soudé donne de très bons résultats. L’amorçage ne se fera jamais depuis une poire à poudre ou une fiole.
  3. Si on utilise des fusées ou des pétards, les artilleurs doivent se rappeler que des résidus incandescents peuvent retomber au sol après l’explosion depuis le conduit de cheminée après le départ du coup. Attention : la fusée est souvent source de raté ou de long feu, qui sont susceptibles de pousser les spectateurs, les enfants, les photographes, ou les animaux de compagnie, à avancer en dehors de la zone de sécurité.
  4. Les amorçages à friction, les capsules à percussion et les cartouches de .22 à blanc, peuvent aussi former des débris incandescents. Tous les artilleurs de l’équipe doivent porter une protection sur la tête, comme toute sorte de chapeau ou de casquette, et les spectateurs doivent rester à distance de sécurité.

 

 

 

X ) LE TIR :

 

  1. L’artilleur chargé de faire partir le coup était l’homme N° 4 à l’époque de la Guerre de Sécession. Cet homme doit crier à voix haute et distincte « Prêt à faire feu ! » ( « Ready to Fire » ), pour avertir les autres que le canon est sur le point de tirer et le chef de pièce que l’amorçage est en place. A ce cri, toutes les caisses à munitions doivent immédiatement être fermées. Le chef de pièce fait une dernière inspection rapide de l’espace en aval du canon pour s’assurer que personne, photographes, enfants, animaux de compagnie, etc…, n’est en danger et commande« Feu ! » ( « Fire ! » ). On met alors le feu à l’amorce.
  2. La poudre d’amorçage, la fusée et le pétard sont allumés avec une mèche qui est suffisamment longue pour permettre aux canonniers de rester à l’extérieur des roues. La mèche est fabriquée dans une cordelette en coton imprégnée de nitrate de potassium ou d’acétate de plomb pour lui permettre de mieux brûler en se consumant plus lentement.
  3. Si on utilise une cordelette que l’on tire pour faire partir un amorçage à friction ou pour activer une platine à percussion ou des cartouches à blanc, elle devra être assez longue pour permettre aux canonniers de rester à l’extérieur des roues et de la zone du recul.
  4. Démarrer le chronomètre juste après le départ, pour s’assurer que les trois minutes de sécurité soient bien passées avant de recharger.

 

RATES

 

Si l’amorce brûle mais le coup ne part pas :

 

  1. Commander « N’avancez pas, il y a raté » ( « Do not advance, the primer has failed » ). Démarrer le chronomètre si ce n’est pas encore fait. Attendre trois minutes.
  2. Quand les trois minutes sont passées, s’approcher du canon par l’avant de façon à être à l’abri du recul en cas de long-feu. Se mettre à l’intérieur de la roue en prenant garde à ne pas passer devant la bouche, et travailler en avant de l’essieu. En portant les gants, nettoyer le cheminée avec la vrille, qui ne sera tenue que par le manche. Garder la tête à l’écart de la cheminée.
  3. Lorsque la cheminée est nettoyée, ré-amorcer et recommencer toute la procédure de tir avec tous ses commandements.

Si le canon ne tire toujours pas ou bout de trois essais, chasser la charge de poudre et le projectile avec l’extincteur à CO2, en le faisant fonctionner depuis la cheminée et en les poussant ainsi dehors.

 

HUIT REGLES DE BASE POUR LA SECURITE

 

  1. La charge de poudre ne doit pas dépasser 2 onces ( 56,70 grammes ) de poudre en granulation Fg, ou 3 onces de FFA, par pouce de calibre en diamètre.
  2. Préparer les gargousses à l’avance. Utiliser un sac en plastique dont l’ouverture sera entortillée et fermée par un petit nœud. Fermer le nœud de façon à ce qu’il reste plein d’espace à l’intérieur du sac, mais que l’air retenu ne forme pas un ballon. Couper la partie de plastique qui dépasse du nœud. Envelopper ce sac dans une double couche de feuille d’aluminium. Veiller à ne pas faire éclater le sac. Le sac empêche les granulés de poudre d’être retenus dans les plis de l’aluminium. L’aluminium utilisé seul laissera souvent des imbrûlés, que l’on retrouvera dans le canon au moment du grattage. Note : La loi de l’état du Massachusetts obligeaient il y a quelques années à utiliser des gargousses qui se consumaient entièrement. Ces lois permettent aujourd’hui d’utiliser l’aluminium. Seules des équipes de canonniers parfaitement expérimentés pourront utiliser des gargousses de sacs en plastique non recouverts de feuille d’aluminium.

 

  1. Tous les membres de l’équipe de canonniers devront porter une protection des oreilles.
  2. Personne ne doit passer devant la bouche du canon lors de toute la durée des opérations de nettoyage, de chargement et de tir.
  3. La caisse à munitions doit être surveillée à tout moment, ou maintenue fermée. L’intérieur de cette caisse aura été auparavant tapissé d’un matériau ne faisant pas d’étincelles et non sensible à l’électricité statique, comme du bois, du cuivre, du plomb, ou autre, et la caisse elle-même doit être solide, construite dans du bois ou du métal.
  4. Il est interdit de fumer sur tout le pas de tir.
  5. Il est interdit de consommer des boissons alcoolisées sur tout le pas de tir. Tout artilleur qui montre des signes d’ébriété ou les effets d’une autre drogue, doit immédiatement être remplacé.
  6. Les projectiles doivent être fabriqués de manière à passer facilement dans un gabarit au calibre, avec la seule poussée du doigt. La longueur du gabarit au calibre est d’au moins 1,5 fois celle du projectile et son diamètre ne peut dépasser celui de l’intérieur du canon lorsqu’il était neuf.

 

IL FAUT TOUJOURS LAISSER PASSER TROIS MINUTES ENTRE LE COUP DE FEU ET LA MISE EN PLACE DE LA NOUVELLE CHARGE !

 

Ce règlement a été élaboré par le magazine The Muzzleloading Artilleryman en 1980 et 1983, écrit et édité par les membres du North-South Skirmish Association en les personnes de Matthew C. SWITLIK, Commandant de la batterie Clark, Bernard KURDT, Commandant du 120ème. Volunteers et Officier de Sécurité des Union and Confederate Volunteers, ainsi que C. Peter JORGENSEN, Artilleur.

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